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Certains doutent que Jésus ait nourri cinq milles hommes, sans compter les femmes et les enfants. Nos mères en faisaient presqu’autant avec si peu. Mais là n’est pas le sens du message de l’Évangile de ce 18e dimanche ordinaire. Il y a ici un symbole chiffré intéressant.
Les cinq pains et les deux poissons constituent les sept éléments du bonheur parfait. Si le chiffre sept est ici en cause, pourquoi ne pas avoir sept poissons uniquement ou seulement sept pains? Le pain est l’œuvre des hommes. Quoi qu’il fasse avec son intelligence, il n’atteindra pas la plénitude en Dieu par lui-même. S’il y a plus de pains que de poissons c’est qu’il a néanmoins à faire sa grande part dans les plans de Dieu. Le poisson ici représente l’œuvre de Dieu. Il nous vient d’ailleurs. Nous ne sommes pas encore faits pour vivre à cette dimension profonde de la nature que sont nos rivières, nos lacs et l'océan. Comme le pêcheur, la prière du chrétien est comme un filet jeté au hasard. Il reçoit selon la grâce et pas nécessairement selon ses mérites ou sa dignité.
Il est intéressant de constater dans le texte que les disciples ne s’aperçoivent du miracle que dans la mesure où ils partagent le pain béni reçu de Jésus. C’est le sens premier de nos Eucharisties. Elles visent d’abord à soutenir le partage dans la communauté. Rien ne se multiplie quand il est gardé pour soi. Dieu se dispose dans l’homme qui se propose en partage avec les autres. C’est dans le partage que l’on devient un don de Dieu pour les autres. Nous sommes tous des intervenants directs et indirects de la Divine Providence. Si on ne voit plus de miracle autour de nous, nous pouvons nous demander : «Qu’avons-nous fait de nos cinq pains et de nos deux poissons?» Ils sont sûrement dans nos congélateurs jusqu’à la semaine prochaine.
Il faut donc avoir quelque chose à partager pour devenir des témoins vivants de la grâce vivifiante de Dieu. L’Évangile nous parle de pains et de poissons, mais que faisons-nous de notre temps, de nos idées constructives et de nos commentaires bienveillants? Ce sont autant de pains et de poissons à multiplier pour Dieu? Dieu se meurt de nous faire encore des miracles et des multiplications en abondance. Mais pour ce faire, il nous faut le sens du partage. Et cela n’est pas une évidence pour tous.