Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Il me semble que cela fait longtemps qu’on entend parler des indignés. Ces derniers occupent les places publiques près des grands centres économiques. On commence à les évincer mais avons-nous compris leur revendication? Comment situer ce mouvement populaire dans sa quête de bonheur? La dignité humaine est une valeur inestimable. Son prix resitue l’humain dans son besoin existentiel.
«Bénir» quelque chose ou une personne signifie en dire du bien. Est-ce banal? L’humain a besoin de se sentir aimé au plus profond de ses tripes. De par ses sacrements, l’Église répond à cette exigence fondamentale et existentielle. Encore faut-il comprendre les volets qui constituent cette Église que j’aime de plus en plus. En comprenant cette institution millénaire, comprendrons-nous la structure des autres institutions, que celles-ci soient politiques, économiques ou sociales?
Avant Vatican II, l’Église ne se définissait que par un seul volet, sa formation académique pour gérer un monde peu instruit. La théologie est une science qui stimule le savoir et elle s’enracine dans la philosophie. C’est le côté statique d’une longue tradition ancestrale basée sur la logique et la morale.
Pendant Vatican II, le défunt cardinal Paul-Émile Léger de Montréal a réussi l’innommable en proposant à ses confrères des notions de vie qui surprennent encore dans la cohorte populaire. Pour ne nommer que ces exemples, un homme et une femme peuvent s’aimer sans croire en Dieu. Par rapport aux familles nombreuses, il a été l’un des premiers évêques à demander qu'on considère le revenu familial avant d’insister sur l’obligation absolue d’avoir des enfants. Il a aussi exploré l’approche des célébrations dans la langue du peuple en précisant que ce dernier constitue aussi l’Église. Il a ainsi ouvert la porte à la reconnaissance des laïcs engagés et on n'assiste plus à la messe du prêtre, ce dernier préside la messe du peuple en lui faisant face et en parlant son langage.
Depuis Vatican II, le balancier a changé de camp et cela a créé un deuxième volet aux dynamismes de l’Église. Malheureusement, il y a encore des milieux où des laïcs semblent avoir repris l’ancien discours de l’Église d’avant Vatican II en oubliant que les ministres ordonnés constituent aussi l’Église. J’entends souvent des commentaires surprenants qui donnent matière à s’en indigner. Pourtant, le processus de croissance est bien enclenché. En parallèle à la théologie qui engendre un savoir scientifique qui s’enracine dans une philosophie de pointe, on reconnaît aussi une spiritualité qui engendre chez l’humain une expérience valable qui suscite une manière de croire qui rejoint les évangiles de Jésus Christ.
Avant Vatican II, quand on disait «cela n’est pas catholique», on voulait dire que cela n’était pas moral, que cela était un mal existentiel qui conduisait directement aux enfers. Aujourd’hui, quand on dit «cela n’est pas catholique» on veut dire que cela n’est pas universel, que c’est une manière de faire et de penser qui conduit à la division des peuples. Il y a des indignés au sein de l’Église catholique et je ne suis pas convaincu qu’ils proviennent uniquement de l’attitude des membres du clergé.
Refuser de bénir, c’est refuser de dire du bien d’une valeur qui a sa raison d’être. Les économistes d’aujourd’hui sont dans l’ère d’avant Vatican II dans leur manière de gérer le fond monétaire international. Pour prendre une expression moderne, ils sont «déconnectés» du commun des mortels et les choix de société qu’ils imposent font mal à ceux qui ne savent pas comment s'en défendre. Il leur faudrait resituer l’individu au cœur de leurs activités économiques comme l’Église a resitué ses baptisés au cœur de son annonce de l’Évangile de Jésus-Christ et des sacrements qu’elle confère célébrer ce qu'elle annonce. Les économistes sont-ils à imiter une Église que l’on voudrait oublier en centrant ses activités sur le profit pour le profit? Il en va de même pour les politiciens qui ont oublié les besoins de leurs électeurs tant le pouvoir qu’ils exercent leur sied à merveille, du moins jusqu’aux prochaines élections!
Il y a une mentalité mercantile qui maintient encore la population dans une certaine médiocrité qu’il faut dénoncer. Qu’on soit économiste ou politicien, quand on s’acharne à reprocher à l’Église une manière de faire qu’elle n’exerce plus, c’est qu’on l'imite encore dans une manière de faire désuète qui fait encore son affaire et ce, au détriment des plus faibles.
L’Église est encore une référence valable pour l’équilibre social en autant qu’on décide collectivement d’en dire du bien.