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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Québec, une crise québécoise

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Je vous présente le chapitre trois du livre de Paul-Émile Roy. Les extraits sont personnels afin d’encadrer la réflexion que je tenterai sur la situation de l’Église au Québec. J’invite le lecteur à se procurer ledit livre. L’auteur introduit ses sources par des références vérifiables.

«Certains essaient de banaliser ce drame que fut la conquête du Canada par l’Angleterre. Certains même affirment que la Conquête nous a été favorable, qu’elle nous a associés à l’émergence du peuple anglo-saxon qui allait être, selon eux, le vrai moteur de la modernité! Comme si l’autonomie d’un peuple, son indépendance, sa souveraineté étaient moins précieuses que sa performance économique ou politique pouvait mieux se développer dans la dépendance, ou comme s’il y avait un avantage à ce que les autres gèrent nos affaires à notre place. (p. 38)

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en 1760, le peuple canadien était décapité, marginalisé. Ce qui se passa alors, et ce qui allait permettre au peuple canadien de survivre malgré l’oppression et la domination du conquérant, c’est qu’il fut pris en charge par l’Église qui allait lui permettre de durer contre vents et marées. Le pouvoir politique, l’économie étaient contrôlés par les conquérants. Le peuple canadien, que nous appelons maintenant le peuple québécois, ne contrôle pas le politique ni l’économie. En 1791, on donne au Québec, qu’on appelle le Bas-Canada, un parlement, mais le gouverneur, qui est nommé par Londres et nomme ses conseillers, n’est pas obligé de tenir compte des décisions des députés, ce qui entraîne la crise de 1837-1838, la répression brutale de l’armée et l’imposition de l’Acte d’union. En 1867, le Québec est introduit dans la Confédération sans être consulté, etc. On connaît l’histoire! (p.39)

Pourtant, le Québec a «survécu», il a tenu le coup, grâce à une institution qui échappait au pouvoir politique, l’Église. On doit admettre qu’après la Conquête, nos hommes politiques n’ont pas de pouvoir réel. C’est l’Église qui prend le contrôle de la situation. Elle est présente dans la famille, elle fonde des paroisses. Elle se charge de l’éducation. Elle met sur pied des écoles, des collèges, des universités. Elle prend la responsabilité de la santé, fonde des hôpitaux. Elle s’occupe de la colonisation, participe à la fondation des syndicats, des Caisses populaires.

C’est cette action de l’Église qui permet au peuple québécois d’exister, de survivre, de durer, d’entrer dans la modernité. Vers le milieu du vingtième siècle, le Québec est devenu un  peuple qui, malgré les difficultés que l’histoire lui a imoposées, est capable de se prendre en main. L’Église le comprend très bien, et elle se désiste elle-même des tâches de suppléance qu’elle avait assumées. Elle remet à l’État l’éducation, la santé, elle se replie dans le champ d’activités qui est le sien, la religion, la vie spirituelle. Or, ce qui se passe alors, si on regarde la situation de façon impartiale, est assez navrant. (p.40)

Cet échec est, pour une part importante, la conséquence d’un malentendu historique qui n’a pas été dénoncé suffisamment et qui continue à étouffer la lucidité et à nous maintenir dans la confusion. Ce malentendu s’est développé au cours de la Révolution tranquille, et l’a paralysée; il a paralysé la démarche d’affirmation du peuple québécois et lui a fait manquer le rendez-vous que l’histoire lui avait fixé. Pour comprendre le marasme actuel, il faut essayer de comprendre les raisons de l’échec de la Révolution tranquille et dissiper le malentendu qui, encore aujourd’hui, fausse le regard critique et rend impossible la lucidité. (p.42)

C’est pourquoi l’on vit alors plusieurs de nos intellectuels, qui se présentaient comme les hérauts de la nouvelle culture, des libérations, de la postmodernité, de la civilisation post-morale, instituer le procès du Québec traditionnel, de l’Église, du catholicisme. On entendit Michel Tremblay proclamer que le catholicisme était responsable de toutes nos misères au Québec, Jacques Godbout déclarer que les évêques avaient «décervelé» les Québécois, Jean-Claude Germain affirmer que l’Église se refusait à ce qu’on étende les bienfaits de l’éducation à l’ensemble de la population, et on pourrait dresser la très longue liste de tous ces faux prophètes, ces prophètes de la démission, de l’autoflagellation, de la capitulation qui ont occupé les médias et l’enseignement secondaire et collégial pendant des décennies, avec le résultat que les Québécois sont confondus, désarmés, perplexes, ayant perdu confiance en eux-mêmes, ne sachant plus qui ils sont. Ces intellectuels qui se pensent des libérateurs sont en réalité des esprits colonisés qui fondent leur démarche de réflexion sur le refus de leur propre identité.  Julien Benda a parlé de la trahison des intellectuels, qu’il appelle des «clercs». Nous l’avons connue, au Québec, cette trahison de la grande majorité de nos intellectuels, de nos écrivains, des hommes politiques. Ces derniers auraient pu renverser le courant, ils n’ont pas osé. Les uns – comme Trudeau et les Colombes – sont passés du côté d’Ottawa et ont resserré le fer sur le Québec. D’autres, qui ont milité au Québec, n’ont pas été à la hauteur de la situation, se sont soumis aux circonstances, et le Québec a manqué son rendez-vous avec l’histoire. (pp. 45-46)

Si je comprends bien, le Québec, vers le milieu du vingtième siècle, était devenu une société sclérosée, paralysée par une religion toute sociologique qui n’avait aucune dimension spirituelle. C’est alors que des intellectuels catholiques comme Gérard Pelletier, Pierre Elliot Trudeau et plusieurs autres se firent les prophètes, dans la coulée du personnalisme français, d’une forme de christianisme supérieur très méprisant à l’égard du pauvre peuple ignare. Selon eux, «le christianisme intégral  ne se rencontrait que chez une petite élite qui, dans sa vie quotidienne, pouvait donner l’exemple tout en maintenant très élevé son niveau d’engagement et son sens du devoir dans le cheminement de l’histoire. Ceux-là seuls constituaient la communauté chrétienne authentique.» (p.47)

Jean-Claude Falardeau déclarait, en 1953 que l’enjeu principal du Canada français était «l’indissolubilité historique de la culture canadienne française et de la religion catholique.» C’était là le premier fondement de notre «identité collective». Or, nous avons réussi, dans le processus de la Révolution tranquille, à tellement caricaturer cette identité que nous ne nous reconnaissons plus, ce qui explique pour une part et le vide spirituel du Québec actuel, et la faiblesse de l’affirmation nationale. Ce que je reprocherais à ce qu’on appelle le personnalisme québécois, c’est de n’avoir pas compris que le destin spirituel du Québec était et est encore indissociable de son affirmation nationale. (p.49)

Ce qui constitue la tâche intellectuelle la plus urgente au Québec, actuellement, c’est d’amener le peuple québécois à cesser de se refuser lui-même, de refuser son identité, de refuser son histoire, de se comporter en peuple colonisé. (p.49)

Or, ce que nous constatons, dans le processus de la Révolution tranquille, c’est que le colonisé québécois qui se refuse lui-même, comme tout colonisé, refuse son héritage catholique, sa culture catholique, ce qui a le plus contribué à façonner son identité. Et comme l’Église a joué dans l’histoire et la culture du Québec un rôle important, on en a fait, comme dit la Commission Dumont, le bouc émissaire de toutes nos tribulations. Je ne peux m’empêcher de citer un passage de cet ouvrage qui remet bien des choses à leur place : «La faiblesse d’un tel procédé, outre le fait qu’il répond beaucoup plus aux impulsions de l’affectivité qu’aux exigences critiques de l’intelligence, c’est qu’il accepte au départ deux postulats : notre passé honteux; l’Église est responsable de ce passé que nous renions. Or nous voyons mal en quoi il est honteux pour une collectivité d’avoir été opprimée plutôt que colonisatrice, d’avoir patiemment et progressivement résisté à l’exploitation plutôt que de s’y livrée, d’avoir subi l’injustice plutôt que d’en avoir fait supporter aux autres le poids. Quant au rôle de l’Église, une investigation un peu attentive nous force à dresser un bilan positif de son activité, ce qui ne nie d’aucune façon des lacunes sur lesquelles nous avons insisté (…) (p.50-51)

Au moment de la Révolution tranquille, on a fait de l’histoire une lecture souvent masochiste. Tout était prétexte à nous accuser, à nous culpabiliser. On est allé jusqu’à écrire que l’Église était contre l’éducation, ce qui est le comble de la bêtise, car non seulement l’Église a fondé des collèges classiques et des universités, mais, pour ne donner qu’un exemple, ce sont des religieuses, les sœurs de Sainte-Croix, qui ont dispensé l’enseignement primaire dans presque  toutes les écoles des Laurentides. Il faudrait relever le travail de toutes les communautés enseignantes par tout le Québec. (pp.52-53)

On reproche aussi à l’Église d’avoir t été «agriculturiste», d’avoir entretenu une méfiance vis-à-vis de l’avènement de la société industrielle. Or, ce qu’il faut reconnaitre, c’est que cette méfiance n’était pas partagé seulement pas l’Église. Elle était partout dans la littérature au début du siècle. Elle était très répandue en France, comme l’explique Jean-Claude Guillbaud et tant d’autres. Le clergé était souvent critique à l’endroit de la modernité, mais il n’était pas le seul. Ce n’était pas un curé, mais le juge de Montigny qui disait, au début du vingtième siècle, qu’il fallait guider la jeunesse «pour qu’elle ne dévie pas du droit chemin et qu’elle ne se laisse point éblouir par les brillantes théories du siècle qui sont mauvaise.» (p.53)

Le discours québécois sur notre passé religieux véhiculé par certains médias, porté par le conformisme ou ce qu’on appelle la rectitude politique, est souvent dogmatique, sans nuances, vindicatif. Au lieu de tenter de comprendre le sens d’une expérience collective séculaire, de la mettre en perspective, on se fixe sur des cas individuels, de petites et de grandes misères, comme si on voulait se donner bonne conscience de se mutiler et de se déprécier. (p.60)

On pourrait dire des Québécois ce que disait Bernanos des Français au lendemain de Munich : «Il faut lui refaire une conscience à ce peuple humilié, pour qu’il se puisse légitimement estimer; il faut lui rendre l’estime de soi. Comment s’estimerait-il dans ses gouvernements qu’il méprise et dont il a honte?» Les Québécois avaient placé une confiance illimitée en Lévesque, Bouchard et Parizeau. Au moment où il fallait relever le défi, se tenir debout, ils ont rampé, ils se sont abstenus. (p.60)»

Réf : Paul-Émile Roy : La crise spirituelle du Québec. Bellarmin, Québec 2012. «Une crise québécoise» Chapitre 3, pp. 35-61

 

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