| Je constate une différence entre ce que j'écris et ce que je suis. En période de déménagement, je suis à trier ce que je garde de ce que je jette. Il y a des morceaux de ma vie dont je ne sais pas quoi. C'est comme un gros rocher au milieu d'une belle verdure. Comment l'enlever pour que tout soit vert sans défaire la verdure? Il y a de ces choses, même enlevées, qui laissent des traces à modifier le décor. Il en est ainsi dans mon for interne. Le rêve est un reposoir dans une existence. Un endroit calme et serein où on vient pour se refaire. Mais on ne peut y rester indéfiniment. Le rêve est un lieu sacré où on se déchausse pour ne pas le souiller. Une fois déchaussés, le sol rend aux pieds un sentiment d'être inédit. Les chaussures sont faites pour la route et non pour le repos. La tendresse de la vie sous la pointe des pieds est un repos et non une route. Hier soir, j'aurais aimé marcher sur la plage avec une amie qui m'a appris à découvrir le secret des vagues qui se révèlent sous le doigté de mon clavier. Mais je devais présider à une réunion. De retour de cette rencontre, fatigué et déçu de voir que cette réalité n'était pas comme le rêve que je portais toute la journée, je recevais un téléphone de cette autre amie; celle qui a été témoin de mes mauvais jours entreposés sous la poussière d'un passé plus lointain. On a parlé une bonne heure de cet aujourd'hui qui porte en lui-même des traces qui rappellent ce passé pénible parce que parfois tourmenté. On a parlé de mon passage en ce village où son expérience présente des ressemblances en quelques points à cette expérience du passé dans un village voisin. On a parlé des aspects positifs de cette expérience que je ne peux pas vivre sur place à cause de ce qui s'y est passé. Une différence dans la ressemblance toutefois, le changement d'aujourd'hui est de beaucoup moins grand que celui du passé. Le rêve est un reposoir fait pour le repos. On ne peut y faire sa demeure, sinon on n'aurait plus de rêve. Et à la porte de ce rêve, deux femmes. Que j'aimerais qu'elles se rencontrent pour qu'elles constatent à quel point elles se ressemblent dans leur différence. Deux femmes aux allures de Moïse qui se déchausse au buisson ardent car c'est un lieu sacré. Deux Moïse aux allures de femmes qui se déchaussent à la porte de mon rêve ardent car c'est un lieu sacré. A quel point Moïse aimait-il son Dieu? Je regarde à quel point ces femmes m'aiment et je pense comprendre. A quel point y a-t-il de cet amour gratuit et inconditionnel? Il me paraît de la grosseur d'un rocher aride au milieu d'un jardin de verdure. Le rêve est un reposoir sacré. On n'y entre pas comme dans une auberge à rabais car en fin de saison. Ce reposoir est à un prix élevé, le prix des efforts de vivre un rêve. J'ai hésité à trouver un titre à ma réflexion. Je voulais l'appeler "Choix" car il y a un choix à faire. Je voulais aussi l'appeler "Accepter" car il y a des choses à accepter. Mon choix est dans les personnes que j'accepte dans cet espace sacré de mon être en autant qu'elles aient l'attitude du respect qu'il faut. Ces femmes n'auraient pas été mes premiers choix parmi toutes les femmes, mais ce qui les habite m'a choisi parmi tous les hommes. Ces femmes me ressemblent et je sens mon être se confirmer par elles. Notre ressemblance va plus loin que nos infirmités et nos passions communes. Et si c'était un côté féminin en moi qui appelle la vie? Un côté féminin qui ressemblerait à une femme victime de violence conjugale en moi? Y a-t-il une femme en moi que je dois apprivoiser pour mieux apprécier celles qui m'entourent. Il y a peut-être une maternité masculine en moi à accueillir et à accepter. Dois-je me reposer autrement que je vis pour mieux vivre de ce repos? Cette question touche le mystère profond de l'être. Est-ce à la ressemblance de Dieu? Je crois que oui. Car, si la Bible dit vrai, il y a un Dieu-Père aux allures d'une mère qui nous appelle à sa ressemblance. Aucun humain ne peut m'offrir un amour aussi vrai pour m'appeler à être aussi authentique. Il faut dépasser le discours humain pour embrasser avec la langue divine en nous. Suis-je une femme dans un corps d'homme? Non. Suis-je un homme avec une âme de femme? Non plus. Je suis à l'image et à la ressemblance d'un Dieu-Père aux allures de mère. Embrasser sans s'acquérir une langue qui transcende les mots dits de ceux qu'on voudrait maudire. Mon reposoir est sacré. On n'y entre pas comme dans une auberge, peu importe le prix qu'on se dit prêt à payer. On ne saurait y être assez prêt pour y être aussi près. Une combinaison secrète et divine y donne accès et il faut la découvrir dans l'expérience d'aimer. Aimer désirer ressembler à Dieu en conjuguant en soi l'homme et la femme que nous sommes tous. Je suis habité d'un rêve mystérieux. C'est un reposoir dans le mystère. Le mystère de ce que je suis et qui me fait être. Le discours humain dirait qu'aucune douceur masculine ne saurait être à la hauteur d'une tendresse féminine. Mon rêve n'est pas humain puisqu'il est d'arriver à une tendresse masculine qui saurait être à la hauteur de la douceur féminine. Un rêve d'homme qui aime vivre un rêve de femme pour que se réalise en lui l'unité des deux genres. Et si c'était le rêve de Dieu qui voudrait se réaliser en moi? Mais que serait donc devenu mon rêve hybride parce qu'humain? Il sera habité par un Dieu-Père qui en aura fait sa demeure. Du reposoir humain que j'aimais m'en faire, se réalise un sanctuaire où les convives se reposent dans une communion réciproque. Quelle joie, quand je serai devant mon Dieu et, en regardant son rêve je me surprenne à crier : "Mais, c'était mon rêve ça!" Et Dieu dira : "Non Daniel, c'était le nôtre. Viens, nous avons un rêve à compléter ensemble." Et s'échapperont de ma bouche des mots que j'aime emprunter de François d'Assise car ils ne peuvent être miens : "Mon Dieu et mon tout". Mon rêve ne sera plus un rêve mais une réalité et cette réalité sera encore plus belle que tout ce que j'aurai passé ma vie à rêver. "Quand les hommes vivront d'amour….. mais, nous, nous serons morts mon frère." Daniel LeClair |