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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Le ressentiment

 

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Ce soir, dans le calme d’une roulotte d’un ami, je suis à lire un texte merveilleux sur le ressentiment. Le texte est écrit d'un frère à sa sœur, deux amis.

Le ressentiment est le cancer des sentiments. Nul ne le sent pleinement sauf ceux qui aiment la personne blessée. Ce sentiment doit être dénoncé pour qu'il cesse son ravage. Seul l'Amour peut guérir un tel cancer de l'âme.

Le ressentiment est sournois. Il fait croire que les gens nous blessent au présent alors qu'ils ne font que raviver une vieille blessure mal guérie, fragile et mal cicatrisée. Le ressentiment a besoin du baume du pardon pour éteindre le tison ravageur qui brûle sous l'innocence d'une cendre froide. Il gît en sourdine et guette la sérénité. Ainsi, le malheur ne vient pas des autres, mais d'une vieille blessure infecte qui ne veut pas mourir.

S'il y a un espace où la mort engendre la guérison, c'est bien celui du ressentiment. Le ressentiment est mort, vive la guérison! Là où l'amour se cherche un complice, le ressentiment se cherche une complaisance. Le ressentiment est le cousin de l'apitoiement et se nourrit à la même souche familiale. Là où l'apitoiement est un repli de soi sur soi, le ressentiment est une quête pour que d'autres se penchent sur sa blessure avec une résine qui maintient la plaie ouverte. L'apitoiement vient du soi à soi alors que le ressentiment vient de l'autre, au nom du soi à soi. Les deux mettent en évidence une plaie du cœur qui prend les proportions d'une blessure de tout l'être. Déformée, la vie devient un lambeau dans une existence qui ne saurait s'épanouir. C'est une forme de dépendance affective qui rend le courage de vivre inopérant. Telle une bactérie mangeuse de chair, le ressentiment se nourrit de la vie de l'âme sans laisser d'héritage ni engendrer de progéniture. Il n'engendre rien. Ce n'est pas la présence d'un mal mais plutôt l'absence d'un bien où le mieux-être s'empire.

Le ressentiment empoisonne le désir pour en faire un rêve qui caresse l'illusion. Il se nourrit du souffle de la vie pour respirer le germe de la mort. Le ressentiment réécrit les chapitres de tout un livre sur une même page. Réécrire pardessus ce qui a été écrit avec perfection rend le contenu illisible. On a mal mais on ne sait plus à quoi. Si on jumelait un tel MAL à un projet sensé rendre HEUREUX on engendrerait le mot qui fait tant peur : MALHEUREUX. Tout être malheureux souffre du bonheur des autres.

Le ressentiment et l'apitoiement peuvent toutefois se vaincre par le geste qui exprime le mieux la maturité de l'être blessé qui veut survivre à sa souffrance : LA DÉCISION. Décider de pardonner, décider de ne plus en vouloir, décider de passer à autre chose, décider d'accentuer la lentille de son regard sur la beauté et de laisser le laid orner le contour de l'objectif visé, décider de se faire indifférent devant les différences incontournables. Tel un programme d'ordinateur, on peut agencer les couleurs que la nature ne saurait donner parce qu'elles ne sont pas de sa nature. Le ressentiment fait de la vie une toile artistique sans auteur, sans signature. Impossible de lire la biographie de l'auteur pour comprendre les traits laissés, comme au hasard, sur une toile anonyme.

Un jour, je visitais une galerie d'art. Les toiles ne me disaient rien. Jusqu'à ce que j'arrive à cette photo. L'artiste n'avait ni bras ni mains. C'était un enfant de la thalidomide. L'artiste avait peint ses toiles avec son pied droit. C'est alors que je réalisais que, pour ne pas suivre la cohorte d'admirateurs, j'avais commencé ma tournée par le but le moins achalandé, par la fin. Je ne comprenais pas ce que les gens admiraient jusqu'à ce que j'aie vu la photo de l'artiste à l'œuvre. Je repris ma visite dans le bon sens. Chaque toile devenait une merveille à admirer.

Le ressentiment est une visite de galerie commencée par la fin. On voit mais on ne comprend pas. C'est lire le hébreux à la française. Il y a de ces livres qui ne se lisent qu'en positionnant la reliure du livre à la droite afin de tourner les pages du côté gauche. Les lignes se lisent de droite à gauche. Le livre est écrit selon les visions de l'auteur et jamais selon les aspirations du lecteur. Le livre est un carrefour où se croisent les lecteurs et l'auteur. C'est le lieu d'une rencontre où on échange les mots comme on partage un café.

Le ressentiment, c'est imposer sa façon de vivre à ceux qui ont décidé de vivre autrement. On pense que ce sont les autres qui nous font mal alors que le mal qui blesse vient de soi. Dans l'alphabet des lettres, on voudrait avancer la consonne d'une lettre pour dire que ce mal de soi vient de toi. Mais ce toi est un miroir où le JE devient un autre. Le ressentiment, c'est imposer à un autre la charge émotive d'un fardeau trop lourd. On ne peut m'accuser de meurtre quand celui à qui j'ai prêté une corde s'en est servie pour se pendre. Je lui avais prêté cette corde pour attacher son chien, m'avait-il dit.

Si je me blesse avec une hache, je ne peux blâmer celui qui m'a prêté la hache. Le ressentiment c'est un refus à l'autre d'aimer autrement. C'est aussi lui refuser mon pardon pour oser être différent. Il y a de ces auteurs qui ne seront jamais compris parce qu'ils ne sont pas lus de la manière qu'ils ont écrit. Pour écrire sa vie, il faut aussi savoir lire celles des autres.

Daniel LeClair

 

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