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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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La jalousie

 

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Il est très difficile de dénoncer la jalousie. Nous en sommes tous atteints à différents niveaux. Elle est une source d’énergie qui emprisonne la vie et qui empoisonne la liberté. Elle est comme la rouille sur le fer. Elle se nourrit de la vérité au point de la détruire en la falsifiant. Elle est le fruit d’une manipulation habile où le bonheur d’une personne dépend de la souffrance de ses victimes. En fait, la jalousie ne trouve pas sa valeur dans ce qu’elle donne puisqu’elle ne donne rien. Elle trouve sa valeur dans ce qu’elle enlève aux autres parce qu’elle ôte toute la dignité humaine. Aucun être humain ne voudrait se dire jaloux. La subtilité de la jalousie est de faire croire que son porteur en est à l’abri. Les rôles sont obscurs entre l’accusé et la victime. Dans les faits, la victime porte l’odieux de la maladie de celui qui l’accuse.

La jalousie est un mal pernicieux. C’est un élan de vie, une pulsion de vivre au détriment de l’autre. La jalousie conditionne le bonheur de l’un à la proportion du malheur de l’autre. On ne saurait en juger pleinement sa portée. Elle côtoie le préjugé et le motive à la condamnation sans procès légitime. En fait, le procès est au niveau des intentions. La personne doit prouver qu’elle n’avait pas l’intention dénoncée à la suite d’une parole ou d’un geste. Ce sont les intentions de la personne jalouse qui sont mises en évidence mais en supposant qu’elles viennent de la personne accusée. La personne accusée doit prouver ce qui n’a jamais été dit ou fait. 

La mesquinerie de la jalousie est qu’elle ne se nourrit pas nécessairement du mensonge quoique cela ne la fait pas porteuse de vérité. En fait, elle est porteuse de demi-vérités. Elle porte un énoncé qui est partiellement vrai. C’est là son ambiguïté. Elle absolutise un texte sorti de son contexte, un mot sorti de sa phrase, une lettre sortie de son mot. La jalousie n’a jamais une vue d’ensemble sur la situation qu’elle dénonce. Elle stimule le préjugé et engendre la discorde en donnant des dimensions disproportionnelles aux intentions sous-jacentes. Sauf qu’on ne sait plus à qui appartiennent les intentions dénoncées ! Elle interprète les non-dits sans vérifier l’exactitude des énoncés. Or on sait que l’exactitude d’un énoncé est le contexte du texte, la phrase dans laquelle se situe le mot, le mot dans lequel s’inscrit la lettre. 

Comment se protège-t-on contre la jalousie? On ne peut rien contre la jalousie. Elle met est relief la naïveté avec laquelle on s’est fait avoir par la relation. En fait, la jalousie n’est possible que grâce à la naïveté des personnes de bonne foi. Ce sont ces dernières qui en souffrent le plus. Et quand la naïveté est en cause, l’innocence est aussi remise en question parce qu’elle engendre plus de frustrations que d’épanouissements. Ce qui devrait libérer la vie enchaîne le souffle qui l’identifie. La victime est coupable et doit payer le prix de la liberté des autres. C’est là que s’actualisent les tempêtes relationnelles où pleuvent les invectives. La jalousie engendre la mort de l’âme et la relation perd de son authenticité. La vie devient une scène de théâtre où les rôles ne servent qu’à dorer une apparence trompeuse. La courtoisie se fait mièvre et les mots se choisissent en fonction de l’intention qui ne peut se divulguer. La liberté d’expression est saccadée et se dire dans la vérité en perd son loisir. Dans ce contexte, la vérité se fait punitive au lieu de se faire libératrice. 

La jalousie aura toujours soif de la liberté des autres en imposant une liberté fautive aux conditions exclusives et partiales. La jalousie trouve son bonheur en créant le malheur chez les autres. Les demi-vérités qu’elle énonce deviennent des absolus à condamner sans autre procès. Les règles du jeu changent constamment afin que les victimes se retrouvent désarçonnées par le ras de marée des événements inattendus.

On ne peut pas se protéger de la jalousie. C’est un mal inscrit dans notre nature humaine qui refuse de pardonner. L’enseignement officiel de l’Église la reconnaît toujours comme un péché mortel. Le courant social qui amène à ne plus croire en cet enseignement oblige les victimes de la jalousie à se trouver des béquilles d’appoints tellement l’infirmité ressentie semble faire partie intégrante à la vie.

Si on ne peut pas se protéger de la jalousie, on peut toutefois se mettre à l’abri des personnes jalouses. Il s’agit de s’entourer de personnes qui trouvent leur joie de vivre à nous aider à être heureux sans eux. Or, ces personnes sont très rares. On se trompe souvent avant de tomber sur les bonnes personnes. Le critère recherché est donc l’amour inconditionnel qui domine dans tous les rapports entre humains. Cela implique qu’on ne peut se faire ami avec toutes les personnes croisées sur sa route. Dès que je dénonce la jalousie d’une personne, j’annonce ma propre jalousie à l’égard de l’attention qu’on lui porte à mon détriment. Le plus simple serait l’humilité de reconnaître sa naïveté dans un rapport sous-estimé. La naïveté a alors la qualité d’une ouverture sur quelque chose qui doit changer.

On peut vaincre les pulsions destructrices de la jalousie par la patience. Quoique celle-ci se vive mieux lorsqu’on est entouré de personnes de confiance ! La personne jalouse ne peut pas faire confiance au temps parce qu’elle pense que celui-ci jouera contre elle. Elle a raison car avec le temps vient la vérité. La vérité est ce courant de fond qui fait toujours surface au moment opportun pour apporter l’éclairage nécessaire afin de mettre les éléments de preuve dans leur réelle perspective. Mais la vérité dépend toujours de l’ouverture du cœur par rapport à sa source. La vérité donnera raison à celui qui saura faire confiance au temps. Celui qui a inventé le temps n’était pas pressé! Il en a fait pour tout le monde et pour toutes les situations. La vérité fait appelle à l’humilité du cœur. Les porteurs de vérité se font aussi artisans de paix. Ils finissent par avoir gain de cause à cause de la patience en cause.

Seul l’amour du prochain, tel le commandement de Jésus, peut mettre la jalousie hors de combat. Dans son ardeur de vaincre, la jalousie s’essouffle et essouffle, s’irrite et irrite, s’épuise et épuise alors que l’amour irrigue, repose et dispose les cœurs adoucis par l’espérance et la foi. Dieu prend alors la couleur du chemin à parcourir comme la voie à suivre. Il est aussi la vérité révélée et mieux comprise avec le temps. Il est aussi la vie qui ensemence le jardin fertile parce qu’enrichi de grâce. Mais pour ensemencer un jardin de grâce, il faut d’abord labourer la terre qu’on dit grasse. La jalousie fait croire à l’illusion du rêve comme une réalité à observer. La personne jalouse sera toujours en quête de complices alors que la personne aimante sera entourée de collaborateurs qui auront compris avant les autres parce qu’avant eux, ils ont cru avant que la vérité ne vienne les éclairer de sa justesse. 

Daniel LeClair

 

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