Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Le 17 octobre 2010, l’Église Universelle reconnaîtra la sainteté d’un Québécois de souche, Alfred Bessette devenu le frère André dans la Congrégation de Sainte-Croix et fondateur de l’oratoire Saint-Joseph de Montréal. Il revient au pape Benoît XVI de définir le nom officiel par lequel on pourra le prier. Se nommera-t-il «saint André de l’oratoire», «saint frère André» ou «saint Alfred Bessette»? Peu importe le nom qu’il portera, la canonisation de frère André est un événement en soi. Un Québécois de souche est cité comme un modèle universel. Qu’a-t-il à nous dire?
J’ai étudié la philosophie à l’université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, avec des anciens prêtres de la Congrégation de Sainte-Croix. Je suis le dernier des Mohicans car ces professeurs sont maintenant à la retraite et les étudiants actuels reçoivent leur formation des fils et des filles intellectuels de ceux qui ont troqué leur froc religieux pour une plus grande liberté d’expression. Je me demande comment ils se sentent aujourd’hui à la vue qu’un témoin issu de ce qu’ils ont rejeté sera maintenant reconnu universellement? Je pense à cet ex-prêtre en philosophie qui a condamné ouvertement Thomas d’Aquin en le traitant de menteur en utilisant des arguments qui n’existaient pas à l’époque du très célèbre Dominicain. Je pense aussi à cet ex-prêtre qui enseignait la religion et la psychologie. La dernière fois que je l’ai vu, c’était au Salon du livre de Dieppe où je présentais mon livre Dialogue entre un homme d’Église et une femme de lettres. Malgré son âge avancé, il n’était pas encore prêt à entendre ce que je propose en refusant de se procurer mon volume. Je pense aussi à cet ex-prêtre sexologue qui n’a jamais su intégrer l’amertume qu’il garde de ce souvenir lointain.
Le rejet global pour l’Église d’aujourd’hui qui est à venir, à cause de ce qu’Elle a été dans un passé oublié, s’enracine dans ce mouvement révolutionnaire engendré par des anciens religieux. Comment l’acte de canonisation sera-t-il perçu dans le monde? La Révolution tranquille qu’on a connue contre notre gré deviendra-t-elle dérangeante par ceux et celles qui se demandent comment l’Église canadienne, et surtout québécoise, en est venue à exprimer sa foi d’une telle manière?
On a demandé au Cardinal Turcotte, archevêque de Montréal, si cette canonisation engendra un retour à la pratique religieuse. Il pourrait y avoir une certaine interpellation mais je suis de ceux qui doutent en un retour en masse aux pratiques dominicales. Mais s’il en découle un plus grand respect pour l’Église catholique et des valeurs qu’Elle véhicule, ce sera pour moi une grande évolution. Quand je dis respect, je dis aussi une plus grande cohérence entre le geste. Pour ne nommer qu’un exemple; au lieu de poursuivre en justice un maire et ses conseillers parce qu’ils font une prière publique avant une séance du Conseil, si on commençait par arrêter de sacrer dans notre vocabulaire de tous les jours? Et peut-être que là, le frère André aura-t-il quelque chose à dire sur sa foi et celle que nous voudrions avoir.