Ce titre m’est venu en lisant un message sur Facebook : « La dépression est le combat du corps pour survivre à un esprit qui veut mourir. » Les intervenants en alcoolisme et les autres toxicomanies reconnaissent la dépendance comme une maladie de l’âme. Les étapes des alcooliques anonymes et les traditions qui en découlent vont aussi en ce sens. Se peut-il que Vatican II puisse aussi nous influencer dans la poursuite de ce sens?
La spiritualité est quelque chose de personnel et unique à l’individu. C’est dans la mesure où j’accepte de la croiser avec celle des autres que s’engendre les relations profondes qui peuvent aboutir à une vie de couple capable de fonder des familles. Sans spiritualité, on se fait victime des croyances des plus forts, des plus chanceux par rapport aux événements. La spiritualité donne une identité à l’être unique que je suis. Elle définit les dons que la vie m’a faits afin que je puisse collaborer à la vie ambiante de mon existence. Sans spiritualité définie, il est impossible de justifier les positions qui dénoncent les injustices. Notre silence devant les préjugés qui motivent les différentes oppressions témoigne de ce manque de spiritualité. C’est dans cette identité que s’articulent les valeurs fondamentales qu’on ne peut négocier ou trafiquer pour une faveur monétaire ou un prestige social.
On a toujours associé la spiritualité à la religion. A-t-on encore raison de la voir ainsi? Quelqu’un a un jour dit que la religion est la source de toutes les guerres. Est-ce toujours vrai? Il se peut. La combine est simple. Mon silence semble donner raison à ceux qui s’articulent fort, quitte à imposer leur manière de croire. Le manque de spiritualité amène à confondre la brebis galeuse et le loup solitaire. Au-delà de toute allégeance religieuse, il existe une forme de radicalisme qui n’enfante pas toujours le terrorisme comme nous le voyons dans les États Islamiques. Ces derniers sont pour moi l’exemple qu’une religion peut-être sans spiritualité précise. Comment croire en l’amour promulgué par le Prophète quand ses responsables du message sèment la mort à coup de violence? La question se pose mais gardons-nous une réserve avant d’y répondre.
Un État peut s’identifier à une spiritualité laïque pour justifier sa neutralité politique. Il se dispose à l’accueil inconditionnel sans pour autant prendre position dans le pour ou le contre d’un courant religieux dominant. En ce sens, le Québec peut se définir comme une communauté spirituelle laïque. Ce faisant, il sera possible de questionner les religions étrangères sur la spiritualité qui les habite sans les condamner à partir de leur habillement. C’est au cœur d’une saine spiritualité que s’établissent les processus de croissance auxquels on peut demander aux nouveaux arrivants de s’y soumettre. Mais pour se soumettre à un tel processus, il faudrait aussi se déprogrammer de ce que les signes religieux peuvent engendre chez soi.
L’humain est le seul animal capable de se définir à partir d’une spiritualité. Il est le seul à exercer une reconnaissance apte à saisir une source divine à même la création qui l’entoure. Il peut même développer une relation constructive avec le Dieu de sa foi, ce qui est unique dans le règne animal. Peut-il voir dans la nature ambiante les dons divins dont le but est de combler ses besoins en tant que personne et citoyen d’une société active elle-même en croissance? Souvent coincé entre une nature qui ne pardonne jamais et une source divine qui n’est que pardon, il lui arrive de tergiverser où l’un devient l’autre. Il nous semble tout récent l’époque où Dieu se vengeait pas les soubresauts de la nature. Heureusement que nos méthodes scientifiques peuvent maintenant clarifier notre apport humain à ces culbutes de la nature.
L’humain se définit par sa spiritualité. Celle-ci comprend deux volets distincts qui lui sont uniques : l’inspiration et l’intuition. C’est par elle, avec elle et en elle qu’il est capable d’une sensibilité émotive qui le fait réagir aux événements du monde en général et de la société en particulier. Il est le seul à pouvoir établir des symboles pour agencer ses rapports avec les autres nations qui côtoient son pays. À l’ère des communications surdéveloppées, seule une spiritualité assainie par les épreuves est capable de lui donner les ailes de l’espoir pour survivre aux situations désespérantes. La spiritualité se nourrit de tout ce qui fait du bien, qui améliore la beauté et augmente la bonté chez les gens. Beaucoup d’artistes sont empreintes d’une spiritualité méconnue. Celle-ci engendre néanmoins un goût pour le beau, le bon et l’agréable. L’âme a besoin de se décrocher un sourire intérieur. Là est l’œuvre de la spiritualité et ce, même chez un artiste sans religion.
Les religions qui créent les divisions sont le résultat où leurs responsables amenuisent la spiritualité de base qui devrait les motiver à faire autrement. On aura toujours besoin d’une structure pour encadrer l’expérience spirituelle comme base digne de respect pour engendrer la dignité d’une véritable liberté. Si seulement le Québécois d’aujourd’hui pouvait cesser de faire sienne la religion du temps de ses grands-parents! Elle est terminé ce temps des grandes impositions sous la loi du « croit ou meurt. » À quand se terminera les années des grandes persécutions religieuses? Est-il justifier de dire de l’Église d’aujourd’hui ce que celle-ci aimait dire des artistes précurseurs de l’ère artistique et culturel? Pourquoi reprendre la même condamnation sous d’autres formes?
C’est à partir de sa spiritualité que l’humain consent à sa liberté et à celle des autres, qu’il accepte sa dignité et celle des autres, qu’il s’impose un respect pour lui-même et pour les autres. C’est au cœur de sa spiritualité qu’il crée le dialogue avec lequel il solidifie ses liens avec ceux et celles qui lui sont différents qu’en apparence. J’insiste sur le mot apparence car ce que l’œil voit influence ce que l’oreille entend. Il faut une volonté réelle pour se fermer les yeux sur les différences apparentes afin de mieux entendre ce que l’autre dit. Les expériences ont prouvé qu’on ne réagit pas de la même manière envers une personne en difficulté en apparence riche et une personne en apparence pauvre dans une situation similaire. Cela se transpose aussi sur d’autres formes de souffrances. Comme moi, êtes-vous surpris de l’indifférence que l’on peut avoir devant la souffrance faite aux femmes et aux enfants alors qu’on s’émeut devant la souffrance infligée à un animal? Une paresse spirituelle se transpose toujours dans une forme d’indifférence répugnante qui impose une soumission désastreuse. Dans ma spiritualité, la paix sociale commence par une paix intérieure. Ce n’est pas une paix comme le monde peut donner, c’est d’abord une personne qui m’appelle par mon nom pour me situer dans Sa mission. Saint Paul dira : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »