Quelle est la différence entre un Bon Capitaine de bateau et un Vrai Capitaine de bateau? Un Bon Capitaine ramène toujours son bateau au quai. Il regarde sa prise et il reconnaît le fruit de ses efforts et de la générosité de la mer. Il apprécie aussi la contribution de son équipage. Un Vrai Capitaine de bateau reconnait son erreur, souvent que sur le tard, et il en assume les conséquences. Par conséquent, il accepte de couler avec son bateau.
Quand je pense à un vrai capitaine de bateau, je pense au dernier film que j’ai vu sur le Titanic. Il n’était pas un bon capitaine car il s’est laissé envoûter par l’orgueil de l’architecte du bateau qui ne rêvait que d’exploits. On se souvient qu’on inaugurait l’insubmersible bateau qui ne craignait ni Dieu ni le Diable. Quel honneur si, en plus de pouvoir affronter tous les éléments de la mer, on pouvait aussi battre des records de vitesse! Si le capitaine a été vrai dans sa manière de mourir, il n’a pas été bon dans sa manière de vivre. Combien de milliers de vies a-t-il sacrifiées pour le rêve orgueilleux d’un seul homme? Il avait pourtant en poche les données du trajet qui indiquaient un nombre croissant d’icebergs. Mais ces données n’auront eu aucune influence sur les chimères insolents d’un proposé de projets.
Au-delà de ces métaphores littéraires, nos dirigeants sont-ils bons et vrais? Si le principe de la bonté c’est de traiter tout le monde avec la même dignité, il faut avouer que non, ils ne sont pas bons. Ils basent leurs décisions sur une majorité dite démocratique en laissant pour compte les silencieux qui ne peuvent pas suivre. Je pense à cette nouvelle qui fait la une où une école impose aux parents d’acheter une tablette électronique aux jeunes comme accessoire nécessaire pour les classes. La direction se défend en disant avoir consulté la majorité des parents. Mais que fait-on de la minorité silencieuse qui n’a pas les moyens de suivre? Cette dernière ira avec sa culpabilité quêter aux banques alimentaires afin que leurs jeunes puissent faire comme les autres pour de ne pas s’en sentir exclus. Non, nos leaders ne sont pas bons. D’une part ils justifient leurs politiques d’austérité sur des principes économiques excusables auprès des sans voix et d’autre part, ils ne peuvent empêcher les primes de départ faramineuses d’une élite sélective de hauts placés. On distingue bien ici les biens placés d’un bord et les biens plaqués de l’autre. Et surtout, assurons-nous qu’ils ne s’entremêlent pas!
Nos leaders sont-ils vrais? Si notre référence est le capitaine du Titanic, je me garde une gêne à dire oui. Gregory Charles, un artiste reconnu, a déjà animé une émission intitulée « Dans la cours des grands. » Aujourd’hui, ce sont les grands qui jettent dans la cours des petits. Ces derniers ramasseront les pots cassés quand ils auront l’âge de faire le ménage. Un ministre des finances n’a-t-il pas déjà dit : « L’arrière-petite-fille du premier ministre paiera en son temps la dette des décisions que nous prenons aujourd’hui? » Il me semble que c’est ce qu’on a entendu lors du dernier budget fédéral. Il n’est pas question qu’on coule avec le poids de ses erreurs. On peut hypothéquer le paquebot de l’avenir des générations à venir car on a déjà réservé sa place sur le bateau de sauvetage à venir. Dans le film Titanic, n’y avait-il pas un membre de l’équipage qui se soit faufilé parmi les voyageurs pour fuir le paquebot en détresse? En aurions-nous fait autant à sa place? Dans les mots, nous affirmons que non mais dans les faits, nous faisons aujourd’hui exactement la même chose. Vaut mieux une chaloupe remplie d’enfants qui flotte qu’un paquebot rempli d’adultes qui coule!
Avouons-le! Nous ne sommes ni bons ni vrais. Nous privilégions ceux qui peuvent nous rendre le privilège que nous leur accordons et nous voudrions bien passer le crachoir de nos erreurs à la génération qui suit. Mais deux obstacles nous en empêchent. D’une part, le crachoir est trop plein pour qu’on puisse le bouger sans s’éclabousser et d’autre part, nous ne faisons plus assez d’enfants pour prendre la relève selon la tradition reçue. Nous jetons nos ordures dans la cours des enfants qui ne seront pas les nôtres. Ils seront les enfants des immigrants qu’on aura accueillis avec largesse et générosité. Ils seront un jour majoritaires et ils feront comme nous faisons aujourd’hui. Ils voteront des lois pour leur survie sans nécessairement tenir en compte les valeurs que le peuple fondateur a souhaitées pour ce pays qui ne sera plus le nôtre. Nous nous croyons bons capitaines car le quai est à l’horizon. Mais nous oublions que le paquebot de nos valeurs en est à son dernier voyage et qu’il est destiné à pourrir en cale sèche.
Dans le présent texte, j’ai étalé ce qui se passe en répondant à la question : « C’est quoi ça? » J’ai tenté une explication pour répondre à la question : « Comment ça? » Pour répondre à ces questions, nous pouvons interroger les théories du « quoi » et les porteurs du « comment » mais comment répondre à la troisième question : « Pourquoi ça? » Là c’est plus difficile car la réponse nous appartient. « Pourquoi continuer ainsi? » Notre crachoir est plein à ras-bord. Ceux qui l’ont rempli ne sont plus là et ceux qui nous suivent n’en veulent pas. On en fait quoi et comment le faire? Il ne reste plus que le temps. Le temps que le contenu du crachoir sèche afin de l’offrir à un boutique d’antiquités où dorment nos souvenirs oubliés.
Qu’est-ce qu’il y a de biblique dans ces trois questions existentielles et fondamentales? C’est ma vision de cette réponse de Jésus à Thomas : « Je suis le chemin (quoi), la vérité (comment) et la vie (pourquoi) ». Y aurait-il ici une piste capable de nous interpeler? Poser la question c’est un peu y répondre, si on veut encore croire.