Depuis quelques jours, je suis porté par deux mots qui me trottent dans la tête. L’agronome et l’agriculteur. En fouillant dans le dictionnaire Dixel de 2010, j’ai appris que l’agronome est voué à l’agronomie. Il fait l’étude scientifique des problèmes physiques, chimiques et biologiques que pose la pratique de l’agriculture. Quant à l’agriculteur, il se voue à l’agriculture, c’est-à-dire à la culture du sol, à l’ensemble des travaux transformant le milieu naturel pour la production des végétaux et des animaux utiles à l’homme. L’agronome se dépense à son laboratoire alors que l’agriculteur sillonne les champs et scrute la nature en quête de ses bienfaits. C’est alors que je suis tombé par hasard sur un mot que je ne connaissais pas. C’est un adjectif qualificatif qui détermine une activité particulière, l’agropastorale. Par définition, c’est une activité qui se livre à l’agriculture et à l’élevage.
J’aime faire des parallèles pour mieux comprendre. Si on comparait ces nouvelles informations au dynamisme de l’Église? Qui serait l’agronome de notre foi par rapport à celui qui voit à la culture d’une telle foi. Comment pourrions-nous situer le dynamisme de l’agropastorale?
Il y a quelque chose qui relève de l’agriculteur dans la mission même donnée à Adam et Ève de la genèse : « Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. » (Gn 1.29) En jumelant les efforts de l’agriculteur à ceux de l’agronome qui se voue à résoudre les problèmes liés à sa profession, nous y reconnaissons un dynamisme tandem intéressant. Cela peut se comparer au théologien qui avec le pasteur, s’évertue à étaler un mode de vie agréable au genre humain tout en se situant dans le plan de Dieu. Mais les études sur le salut ne mènent pas nécessairement à une vie de prière. La théologie encadre l’expérience spirituelle mais elle n’engendre pas la foi en la vie et à son potentiel.
Où se termine la transformation de la nature pour satisfaire ses besoins? On s’est donné d’autres besoins pour assouvir ses instincts de curiosité, mais comment freiner cet élan faute de ne pas discerner les limites du mur vers lequel on fonce tête baissée? Quand est-ce qu’une transformation exagérée devient-elle une déformation où la nature devient dangereuse pour l’homme? Quand est-ce que « assez c’est assez! »
L’homme s’envoûte facilement dans son modernisme. Il n’y a plus de freins à ses découvertes technologiques. Jusqu’où pouvons-nous continuer à modifier génétiquement l’organisme naturel de la création? À continuellement convertir la nature pour atteindre des sommets scientifiques jamais rejoints, en arriverons-nous à pervertir l’ambition humaine dans un mal de vivre sans borne? Nos animaux de culture deviendront-ils des monstres contre-nature pour le plaisir de nos steaks dernier cri? La réponse n’est pas dans les sentiers de l’agronome ni dans le pâturage du cultivateur. Elle est dans l’activité agropastorale de celui qui jaugera le dosage du respect de la nature et des animaux.
L’agronome est comparable à l’économiste des finances, aux sociétés pétrolières, aux tendances « in » des courants populaires technologiques. Nous sommes à bâtir des monstres révolutionnaires que l’histoire n’a jamais espéré connaître. À quand l’homme qui osera mettre l’homme au cœur de ses recherches scientifiques pour le mieux-être de ce dernier? La recette est simple. Il s’agit de croire en l’homme comme Dieu y croit. L’expérience primaire d’Adam et Ève est encore à venir, si on veut y croire assez pour s’y investir. Une science pour sa science engendre des monstres de laboratoire à ne jamais fréquenter, tout comme l’économie pour l’économie enfante une race humaine assujettie à un esclavage en velours pour certains et en fils barbelés pour d’autre. À quand le temps où le modernisme cèdera la première place à l’humain contemporain, heureux dans sa quête de bonheur? L’homme moderne a tellement peur de sa propre quête de bonheur qu’il est prêt à s’adapter à n’importe quelle injustice pour un semblant de douceur.
Mais où est Dieu dans tout cela? Il est là où on l’a placé et Il fait exactement ce qu’on lui dicte de faire. Il se tait dans le respect de nos libertés indomptées assoiffées de nouveautés presque débiles. Il y a deux manières de ridiculiser une personne qui nous veut du bien. Soit lui dire de se taire ou soit ne pas l’écouter. Dieu parle dans le silence, comment ornons-nous nos temps de sérénité? Ah oui! Avec la dernière nouveauté technologique. Si l’agronome jongle avec des principes théoriques et le cultivateur joue avec des principes pratiques, l’agir agropastorale cherche l’équilibre entre la théorie des laboratoires et la pratique des champs.
Comment en arriver à considérer la vie comme un don et non une chose utile selon la technologie avec laquelle on l’approche? Comment apprécier les événements, aussi difficiles soient-ils, comme des éléments de croissance au profit de l’expérience humanisante? Notre ignorance de la valeur humaine liée à la vie nous amène à des prises de positions racistes et xénophobes qui ne témoignent pas de l’évolution de la nature humaine. En fait, avons-nous vraiment évolué? Quand Dieu devient l’objet de nos blâmes au lieu d’être le sujet de nos révérences, il est probablement grand temps que l’on ferme nos machines à communiquer et que l’on commence à vivre. Mais comment faire un tel exploit?
Sans avoir été des agronomes diplômés ni des agriculteurs chevronnés, je constate de nos parents savaient s’articuler dans des activités agropastorales. Ils n’ont pas attendu qu’on publie des livres sur l’amour pour nous aimer tels que nous étions. Ils n’ont pas lu d’encyclopédies sur la foi pour croire en nous et à nos potentiels de bonheur. Oui, ils étaient religieux tant ils étaient reliés à une source divine d’où émanen toutes les sources de vie et d’amour. Notre défi serait-il de s’approvisionner à une source divine par la prière et la méditation tant notre mission serait de s’approprier une destinée à la mesure humaine en Dieu? Nous sommes des pièces maîtresses d’un Dieu Créateur qui rêve d’exposer ses chefs d’œuvre dans la galerie de Son Royaume. Encore faut-il y croire à un point tel qu’on accepte de s’y engager. La réponse n’est pas universelle mais très personnelle. Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi? Sûrement pas à l’image de ce que j’en pense. Du moins, je l’espère.