Comme je l’ai déjà écrit, je suis à un carrefour pour lequel l’Église n’a pas de référence avec laquelle Elle s’ajuste à l’imprévisible. Je suis de cette génération qui n’a pas su se monter un fond de pension avec lequel vivre. Il était inévitable qu’un jour les paroisses ne pourraient plus se payer les services d’un prêtre permanent. Dans nos serres chaudes et douillettes décisionnelles, on n’a jamais cru que le prêtre ferait partie des salariés à congédier. Il nous a semblé que le Peuple de Dieu en aurait toujours besoin pour les sacrements de la vie. Les faits indiquent une tangente différente. Les nouvelles générations s’intéressent de moins en moins aux sacrements et à leur signification. Ils savent beaucoup de choses et on tente de leur expliquer afin qu’ils comprennent, tout indique qu’ils y croient de moins en moins. Qu’adviendra-t-il des prêtres que nous ordonnons et comment leur assurer un avenir salarié, tant leur service n’est pas compris?
Nous sommes à un carrefour où seule la foi authentique aura raison sur les événements à venir. Mais comment situer cette foi dans son authenticité? Nous parlons de plus en plus de théologie intuitive ou d’intuition théologique. Est-ce synonyme de l’inspiration? Dans le deux cas, il faut un accueil inconditionnel comme d’une grâce. Par contre, l’intuition a une source différente de l’inspiration. L’intuition serait issue d’une mémoire collective tel un subconscient universel, alors que l’inspiration est le fruit de la prière et d’une intervention de Dieu dans la vie humaine. L’inspiration ne fait pas consensus automatiquement. Il lui faut un délai d’expérimentation. Si on juge un arbre à ses fruits, encore faut-il le laisser fleurir. Le consensus autour de l’intuition se fait plus rapidement en autant que les participants se sentent faire partie de cette fibre constitutive des enjeux de l’avenir.
À la suite de saint Paul qui dit que l’Église est le corps mystique du Christ et que Jésus en est la Tête, je me suis demandé qui seraient les acteurs dans l’Église capables de personnaliser les différents organes vitaux du corps. Cette émission est disponible sur Youtube à la 2e émission de la saison III de Capsule Espérance. Quand on dit organes vitaux, on s’entend que l’on parle du cœur, des poumons, des reins, du foie et du pancréas.
On s’entend que le cœur a une fonction centrale pour la santé du corps. Il partage le sang à tous les organes pour les irriguer sainement. Le titre de l’évêque du diocèse joue ce rôle primordial. Il est le premier responsable de la Mission de l’Église et il partage cette responsabilité avec l’ensemble des services de son diocèse. Il est donc le centre de tout ce mouvement sous sa juridiction en communion avec le pape en tant que successeur de Pierre et en collégialité avec ses confrères évêques.
On s’entend aussi que le cœur est en relation très étroite avec les poumons dont la fonction est d’oxygéner le corps et tous ses organes. Le rôle des poumons est justement de soutirer son oxygène à même l’air extérieur comme d’une grâce divine. Là me semble être le rôle des sacrements. Stimulés par les Pères de l’Église en communion avec l’Esprit Saint qui inspire leurs efficacités, les sacrements sont réellement les poumons de l’Église soucieuse de sa mission. C’est au cœur de ses actes inspirés que se réalise la communion entre l’évêque comme premier responsable, ses prêtres en communion avec lui et les diacres pour certains services mandatés en Église.
Les reins jouent un rôle non négligeable dans le bon fonctionnement du corps. Son rôle de purifier le sang est essentiel. Peut-on attribuer ce rôle aux agents et agentes de pastorale mandaté(e)s par l’évêque? Leur rôle n’est pas insignifiant. Ils sont responsables de dossiers percutants qui encadrent les activités pastorales sous leur responsabilité. Qu’ils constituent l’équipe pastorale dans les communautés ou à partir d’un niveau des structures diocésaines, leur apport au climat pastoral ne peut être diminué en importance.
Le foie a un rôle primordial dans l’équilibre d’un corps en santé. Et ce rôle est attribuable à celui de la famille, tant au niveau de l’Église que de la société. C’est l’usine essentielle où s’engendrent les forces et les faiblesses de l’humanité. On entre dans l’Église et dans la société par la même porte où l’on sort de la famille. C’est la source de tous les apprentissages. On y apprend l’amour et la haine, le désir et l’aversion, les joies et les tristesses. On peut s’inspirer du récit adamique pour apprendre à vivre avec nos différences comme pour Adam et Ève et conjuguer ses racines naturelles à la jalousie entre Caïn et son frère Abel.
Contrairement à l’émission dont j’ai fait référence, émission où je ne mentionne pas son rôle, les diabétiques de la vie peuvent nous dire qu’on peut vivre sans l’organe pancréas, il faut alors trouver une autre source d’insuline. C’est essentiel pour transformer les sucres en énergie. Or, devant les sucres vides, comme certaines expériences vides de la vie, l’insuline se retourne contre son organe producteur pour le détruire. Cela ressemble aux différentes expériences dont j’ai été témoins en toxicomanie. C’est le monde de la réhabilitation qui s’inspire des étapes de croissance et d’entraide inspirés des Alcooliques Anonymes.
En écrivant ces lignes, je réalise l’importance de ces témoignages de foi et de vie inspirés. La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, disait saint Paul aux différentes communautés qu’il a fondées. Et si c’était encore vrai? Victimes de haine, ils témoignent de l’amour. Ciblés par l’aversion, ils développent l’assurance des désirs humains sains. Outragés par la tristesse, ils respirent la joie du renouveau. L’avenir peut s’inspirer de ceux et de celles qui ont survécu aux différents drames de la vie. Je pense aux étapes des A.A. Qui a inspiré la cinquième étape qui ressemble au sacrement de réconciliation? En effet, on y lit : «Nous avons avoué à Dieu, à un autre humain et à nous-mêmes la nature exacte de nos torts.» Je pense aussi à la douzième étape qui dit : «Après avec vécu toutes ces étapes, nous avons eu un éveil spirituelle et nous nous sommes résolus à venir en aide à ceux qui souffrent encore.» N’y aurait-il pas là une inspiration pour l’Église de demain dans la redéfinition de sa mission??