On cache souvent son mal dans un silence fluide tant les mots pour le décrire dérivent sur des paysages inconnus. Telle est ma situation où je suis à vivre un désert qui ne semble plus finir. La foi est une réalité qui se vit au quotidien comme un indicatif présent. Je me souviens de ce que ma vie était et comme un somnambule, je ne sais plus comment penser mon avenir.
On trime dur pour dissocier l’Église des jours presque moyen-âgismes des époques triomphales de son histoire. Dans l’amalgame des regroupements religieux venus d’ailleurs, la foi en perd son latin et les dévotions qui l’expriment cherchent leurs patins dans l’aréna de nos débats publics que l'on voudrait de société.
Comme Moïse au désert, les dunes sans fin nuancent mon goût de l’aventure et me font gémir sur ces grains de sable qui blessent mes pieds déjà fragiles dans des sandales usées à avoir tant marché. J’aimerais exprimer le mal qui me tenaille comme un supplicier qui s’apprête à la potence, mais ce sont des maux à dire qu’il faut taire tant ils risquent de déplaire. Les dunes de mon présent ne ressemblent en rien aux plages de mon enfance. Ah, cette jeunesse assoiffée de vent et de soleil et qui trouvait sa fraîcheur de vivre dans une baignade matinale aux écumes de mer! Pourquoi cette traversée d’adultes ne coïncide pas les projets d’enfance aux idées d’adolescent?
À trop vouloir décaper son passé de l’odeur nostalgique du triomphalisme qui a marqué son histoire, on en perd le vernis qui pourtant devait assurer les revers de son avenir. Où est notre fierté de croire en ce monde greffé de technologies à en perdre le sentiment d’appartenance afin d’ancrer sa vie dans une sève aux couleurs de l’existence tant voulue pour humaine. On a tellement personnifié les choses qu’on en est rendu à chosifier les personnes. On ne veut plus croire au Ciel tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’applications pour la technologie qui m’y conduira.
Je me sens gauche de m’exprimer ainsi. Car, si ce que je dénonce n’existait pas, vous ne seriez pas à lire ce que je suis à écrire. Oui, j’ai un mal à dire que je ne saurai écrire tant je doute que vous voudriez le lire. En ce monde aux couleurs de sa technologie, il y a des maux à dire au-delà des mots dits.