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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Les défis de la transmission de la foi

Les défis de la transmission de la foi
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Transmettre la foi à la génération qui nous succède a toujours été un défi. Il me semble aujourd’hui que le défi de nos parents se multiplie presque à l’infini pour une génération comme la mienne. Même si je me suis fait prêtre avec une vision d’évangélisation, je me questionne beaucoup sur les moyens que nous nous donnons pour transmettre un élément de vie qui n’est plus une évidence en soi.

En quoi la transmission de la foi n’est plus une évidence en soi? Probablement à cause des modalités avec lesquelles il nous faut composer. Il a été un temps où la foi se vivait au quotidien dans l’ordinaire de la vie. Les commodités que nous connaissons aujourd’hui auraient été un grand luxe à l’époque de nos grands-parents. Il leur fallait la messe dominicale pour rencontrer des voisins qu’on ne voisinait pas par manque de temps. On n’avait aucun instrument électronique pour faire l’ordinaire comme on se plaisait à dire.

On ne peut plus parler de la vie éternelle comme d’un absolu. Combien de chrétiens se permettent à croire en la réincarnation. L’argument est valable. On n’a aucune preuve de la résurrection comme les autres n’ont pas plus de preuve que la réincarnation est une réalité. En fait, si les deux visions ne se prouvent pas, il faut générer un rapport particulier avec l’Absolu pour mieux définir sa perception de la vie et de la foi qui l’accompagne.

Il faut croire en une forme de vie continue afin de garder un certain équilibre par rapport aux événements qui surviennent et pour lesquels on a peu ou pas de préparations. Comment se préparer à la mort subite d’un proche? Comment s’adapter à un choix d’avenir arbitraire selon les personnes capables d’aider à réaliser ses projets? Est-ce qu’on répond toujours à un appel divin quand il faut conjuguer ses efforts et ceux qui ont autorité sur notre activité?

Le mystère de la foi repose sur un énoncé souvent oublié. La spiritualité c’est une manière de s’inscrire dans la vision sublime où le divin s’incarne dans l’humain. Comme chrétien, Jésus est l’instigateur de cette vision divine voulue par un Dieu-Père qui veut se faire proche des siens. Les dons de l’Esprit Saint s’actualisent dans cette vision humaine aux horizons divins. Il faut goûter à cette présence mystérieuse qui oblige à aborder le mystère de la vie comme une aventure à vivre au quotidien. Certes, les médias nous informent au-delà de ce que l’on peut absorber comme événements. On a tellement peur de manquer quelque chose de la vie qu’on ne se donne pratiquement plus de temps d’arrêt pour approfondir les informations reçues et se donner des moyens afin de garder un certain équilibre.

A travers les vicissitudes de la vie et des vices des événements, j’ai développé la conviction qu’il y a en moi une trace d’éternité plus grande que ce que je peux concevoir comme réalité de la vie. «Il y a parmi vous Quelqu’un que vous ne connaissez pas…» disait un chant de mon enfance. Devenu adulte, c’est ce que je suis appelé à vivre. C’est aussi ce que je célèbre à chaque Eucharistie, peu importe l’auditoire qui m’accompagne dans ma prière.

Peut-on aujourd’hui parler de foi à ceux et celles qui n’ont pas encore connu les contraintes de la vie? Qui sait? Peut-être que la perspective de l’éternité se dessine dans les aléas du quotidien. Apprendre à découvrir dans l’adversité une force vitale qui nous conduira dans l’Éternité. Après tout, y a-t-il plus grande adversité que le supplice qu’on a réservé à Jésus tant ce dernier ne voulait pas se conformer aux réalités sociales du temps?

L’Amour reste la seule réalité qui sait résister aux tentations de toutes les formes d’abandon. Celui qui ne croit plus en l’amour n’a plus de raison de vivre. Or, l’Amour m’a aimé pour que je devienne l’amour. Si l’attachement à la vie ne s’enracine pas dans une authenticité originale venue d’ailleurs, pour quelle raison dois-je croire à l’héritage divin que je voudrais léguer à ceux et celles qui me succéderont dans les sentiers de la vie? Au-delà des gadgets électroniques qui comblent le vide de mes oisivetés, il y a ce grain de vie qu’il me faut semer dans l’existence de ceux qui m’entourent.

Les défis liés à la transmission de la foi ne seront pas relevés par une nouvelle forme de théologie. Un cours de charpentier n’a jamais bâti de maison en lui-même. Ce sont les élèves qui auront mis les principes de la charpenterie en pratique qui sauront offrir un abri fiable aux familles de demain. Mais pour mettre en pratique de tels principes, encore faut-il y croire. Contrairement à ce que les sciences peuvent démontrer, ce n’est pas ce que l’on sait ou ce que l’on a compris qui sauvera le monde, mais bien ce en quoi on a cru. Peut-on encore croire à ce point qu’il vaut mieux mourir avec sa foi que de vivre avec la foi de ceux qui croient savoir ce qu’il faut comprendre.

La foi est une soif de vivre. Alors comment s’abreuver à la vraie source? Le barman me vante sa bière, l’épicier me parle de ses liqueurs sucrées et un inconnu me présente une eau naturelle. Qui vais-je donc croire? Là est mon acte de foi traduit dans un geste concret. Quand j’aurai nommé ma soif, alors je pourrai choisir la manière de m’abreuver.

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