On identifie souvent un acte individuel de violence comme celui d’un loup solitaire. Avons-nous raison? Un loup ne trouve sa force que dans la meute qui l’accompagne. Isolé et sans appui, il se réfugie dans sa tanière tant il veut se faire oublier et ainsi passer incognito. La brebis galeuse, par ailleurs, porte le mal de vivre de son troupeau. Elle est rejetée de ses paires car ces derniers ne veulent pas s’identifier à une telle réalité. Mais cette réalité existe. Renier cette évidence c’est aussi renoncer à s’en guérir collectivement.
Le terrorisme auquel le gouvernement fédéral prétend s’attaquer va dans ce sens. Il y a un mal de vivre isoloir qu’on ne veut pas considérer et pourtant il est frappant et évident presque à la démesure. Les gestes isolés ne sont pas si séparés de la trame de fond de nos relations humaines. Il y a quelque chose de faux que l’on voudrait comme vrai. Mais comment l’identifier sans se regarder?
L’être humain n’est pas différent des animaux quand il tente de s’approprier ce qui ne lui appartient pas. En ce sens, le règne animal a quelque chose à enseigner au genre humain. Il faudrait apprendre à appeler un chat un chat. Mais qu’est-ce un chat au juste? Là est l’ambiguïté humaine de celui dont on dit être un loup solitaire alors qu’il est une brebis galeuse. Un loup solitaire, c’est un geste qu’on tente de comprendre afin d’arriver à l’accepter, éventuellement. La brebis galeuse, c’est celle qu’on rejette sans même tenter de la comprendre. Pourquoi? Parce que nous sommes collectivement porteurs du mal que nous lui reconnaissons mais ce, sans se l’avouer sous peine de péché mortel. C’est un péché mortel de par son action trompeur et son omission volontaire. On tait la vérité en proférant des mensonges. Encore pire, on étale des demies vérités dans le clair obscure de nos dénonciations.
Cette confusion entre les idées et les mots pour l’énoncer clairement trouve son apogée au printemps 2012 au Québec. Pourquoi avoir appelé ce mouvement étudiant le PRINTEMPS ÉRABLE? Est-ce né dans une érablière du Québec? Pourquoi ne pas avoir nommé l’événement par son nom propre? Le printemps québécois de 2012 était-il semblable en tous points au printemps arabe de 2011 dont nous rapportaient les médias des pays arabes? Pourquoi ne pas se souvenir du printemps 2012 comme du PRINTEMPS DE LA JEUNESSE QUÉBÉCOISE? Il semble que c’est là l’identité à laquelle on peut être en droit de manifester. Encore faut-il reconnaître cette identité.
Le peuple québécois est-il formé de loups solitaires ou de brebis galeuses? La question se pose tant il y a une évidence trompeuse qu’on ne peut plus contourner. Quand un peuple renie sa jeunesse, comme nous l’avons fait en 2012, il doit renoncer aussi à son avenir. C’est une vérité de La Palice. Quand les parents renient leurs enfants, ils doivent aussi renoncer à l’avenir de leur famille. Pourquoi en serait-il autrement dans la communauté élargie, qu’elle soit provinciale ou fédérale? Le Québec ne peut pas s’identifier aux événements qui se passent ailleurs, ces derniers ne constituent pas son histoire. Il doit se reconnaître dans ses propres aventures, mêmes celles auxquelles il hésite à s’identifier. Il en va aussi de ces anciens CARRÉS de verdure dans nos grandes villes qui deviennent sans discernement des SQUARES à la française. Je m’insurge devant une telle déviation collective consensuelle sans consensus officiel. Ce sont des anglicismes francisés! Je veux les dénoncer au risque du rejet collectif. Ce faisant, suis-je un loup solitaire ou une brebis galeuse?