Quand j’ai fait mes recherches sur l’histoire de l’Église du Québec qui a mené à la Révolution Tranquille, j’ai fait une association d’événements que j’ai étalée dans différentes émissions de Capsules Espérance produites avec TVDL La Baie et que l’on retrouve sur Youtube. Vous les trouverez dans la section Saison 2.
Le Cardinal Peul-Émile Léger est-il cette bête noire de notre histoire qu’il faudrait ensevelir sous la poussière du temps? Pourtant, il y a bien Les Œuvres Léger qui continuent encore aujourd’hui à soulager les pauvres de leur misère et les personnes socialement rejetées. Pourquoi séparer l’homme du passé de ses œuvres présentes? Et si on tentait de se guérir de la peur de l’autre en soi, ou de la peur de soi en l’autre, tant le diagnostic n’est pas encore défini? Au jour de sa mort, le 13 novembre 1991, le Cardinal aura connu quatre papes. Comment ces derniers ont-ils influencé son ministère et en quoi cela concerne l’avenir de notre Québec?
Quoi qu’on dise de ce personnage historique, sa capacité à s’ajuster aux autorités du temps devrait nous impressionner et nous inspirer. Nommé archevêque de Montréal en 1949 par le pape Pie XII, Paul-Émile savait qu’il devait se méfier du premier ministre de l’époque, Maurice Duplessis. Il incarnera l’austérité et la froideur du pape qui le créera cardinal en 1954. Quand arrivera le pape Jean XXIII en 1958, l’archevêque devenu Cardinal tentera de s’ajuster à cette nouvelle approche pastorale.
En parallèle, l’histoire se souviendra que pour contrer le radicalisme de Maurice Duplessis, un groupe d’intellectuels québécois formera ce club sélecte appelé LA CITÉ LIBRE. On reconnait certains ténors comme Pierre-Elliot Trudeau, Gérard Pelletier, Pierre de Calière et René Lévesque, pour ne nommer que ceux-là. Selon le biographe du Cardinal Léger, quand le pape Jean XXIII a annoncé la tenue d’un Concile pour 1963, l’archevêque de Montréal de l’époque se plaisait à accueillir dans sa résidence privée les ténors mentionnés. C’est du moins ce que cite Micheline Lachance, biographe de deux tomes sur le Cardinal Léger. Que de vendredis soirs à brasser des idées avant-gardistes telle une soupe de famille à partir des légumes frais du jardin.
Selon ce biographe, le Cardinal Léger souhaitait que Pierre-Elliot Trudeau devienne premier ministre provincial pour l’avenir du Québec dans le respect de son histoire. L’enjeu se voulait important. Le Québec était voué à un bel avenir dans sa survie à Maurice Duplessis et son avenir en Vatican II. Le problème c’est que Pierre-Elliot Trudeau s’est joint au gouvernement libéral fédéral sous Lester B. Pearson et René Lévesque s’est joint au gouvernement libéral provincial sous Jean Lesage. En 1963, le Cardinal sentait venir le jour où les deux complices intellectuels deviendraient deux ennemis politiques. Ça s’est concrétisé au référendum de 1980 alors que l’on peut le transposer en combat idéologique entre le René Lévesque du Québec contre le Pierre-Elliot Trudeau du Canada.
Mais si le souhait du Cardinal s’était réalisé et que Trudeau avait initié la Révolution Tranquille à la place de Lesage, comment les choses se seraient passées? On aurait procéder immédiatement à la souveraineté du Québec afin de respecter son histoire aux couleurs religieuses particulières. Car depuis l’époque des Patriotes, l’Empire Britannique avait accepté que le Québec puisse se diriger avec la loi de Napoléon de France et non avec la Loi Commune Britannique comme les autres provinces canadiennes. Mais comme le premier ministre de l’époque, Jean Lesage, savait que le Cardinal Léger n’avait pas appuyé sa nomination comme chef du parti libéral du Québec, il s’est joué un jeu de mots diplomatiques indignes de nos diplômes universitaires. Quand l’archevêque lui a demandé de reconnaître l’apport de l’Église catholique dans le cheminement et la croissance du peuple québécois, ce dernier y est allé d’une affirmation politique nébuleuse qui semble attribuer à la tradition religieuse catholique la responsabilité des années noires de Duplessis.
Elle est là la bête noire de nos couleurs collectives. Comment défendre le principe de souveraineté du Québec quand on a rejeté les bases sur lesquelles son idéologie s’est construite? René Lévesque a bien tenté de porter le flambeau à lui seul en 1980 et Jacques Parizeau a été remarque en 1995. Mais pourquoi une telle équation inégale? Une question se pose, si on se permet une telle question. Que fait-on du souvenir d’un gâteau périmé alors qu’on a tué son cuisinier fondateur et brulé sa recette initiale? Le Québec est la seule province du Canada où les paroisses de son Église fondatrice reposent encore sur sa loi civile et de non sous l’autorité des évêques. Cette dimension historique n’a pas été abordée dans la charte de la laïcité québécoise défendue par le ministre de l’époque, Bernard Drainville.
L’oiseau qui croit en ses ailes ne craint pas les branches de l’arbre où il se perche. Le Québécois de l’ère moderne n’a pas à craindre les différences culturelles et religieuses de ces nouveaux arrivants qui partagent dorénavant ses espaces de vie. Mais pour ce faire, il aura à se convertir à ses racines profondes en lien avec la tradition religieuse de ses ancêtres. Avec le vocabulaire qu’on lui reconnait, il saura alors articuler une spiritualité de pointe ajustée aux valeurs de son époque. À l’ombre de cette bête noire historique pour laquelle on ne cesse de s’excuser se cachent aussi les couleurs de nos projets d’avenir inavoués. S’il est vrai que l’universitaire qui ne lit jamais n’est pas mieux que celui qui ne sait pas lire, celui qui n’embrasse pas les racines qui lui ont donné vie ne saurait apprécier l’odeur des fleurs vouées à sa descendance.
L’avenir est là à la portée de main, en autant que celle-ci s’ouvrir en abandonnant le poing fermé avec lequel il croit devoir se défendre. Qu’avons-nous à défendre quand nous avons tout à partager? C’est pourtant vrai, je l’oubliais! Nous avons perdu la couleur de nos projets d’avenir dans l’ombre de notre bête noire historique à oublier.