Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
J’ai œuvré près de vingt ans auprès des alcooliques et des toxicomanes avant d’être ordonné prêtre en 2003. L’évêque qui m’a ordonné diacre en 1999 en avait fait mention dans son homélie. Cette expérience est alors passée inaperçue dans mon expérience en Église dans le diocèse qui m’a fait diacre en 1999 et prêtre en 2003. Pourtant, je me savais animé des principes de sobriété qui pour moi devenaient les jalons d’une spiritualité qui dépassent les bases des conventions traditionnelles alors admises comme un fondement incontournable.
À cause de mes nouvelles fonctions comme thérapeute dans une maison de réhabilitation reconnue, je suis à lire ce livre des Alcooliques Anonymes appelé «Le Gros Livre» afin de m’approprier des notions apprises il y a longtemps. Je relie ce livre avec d’autres lunettes, avec une nouvelle perspective empreinte de mon expérience comme homme d’Église et homme de foi. Je reconnais et j’apprécie mes confrères prêtres plutôt religieux dont la liturgie bien célébrée prédomine l’expérience de foi de ceux et celles qui devraient y assister avec vénération.
Ce «Gros Livre» des alcooliques Anonymes a connu plusieurs éditions. Les différentes préfaces témoignent du cheminement de ce mouvement d’hommes et de femmes qui devrait influencer notre manière de croire et de vivre notre foi commune. L’homme est capable du plus grand alors qu’il se sent le plus petit de tous les êtres qui vivent sur cette terre. Oui, ce mode de vie peut profiter à tous et il repose sur le témoignage bénévole d’un agir divin dans une expérience humaine. Le monde est affligé d’un mal de vivre et il a été écrit en 1935 qu’on «devrait survivre ensemble ou mourir chacun de son côté.» Telle est la situation de l’Église d’aujourd’hui. «Nous devons réaliser l’unité de notre association ou bien disparaître de la scène.» (p. xix)
Comme la foi, «l’alcoolisme n’établit pas de distinctions sociales; nous constituons un bon échantillonnage de la société américaine et à l’étranger, on le constate que la même chose se produit en ce moment. Dans le rassemblement de religions que forment nos membres, nous réunissons des catholiques, des protestants, des juifs, des hindous et des bouddhistes. Plus de 15% de nos membres sont des femmes (1950). (P. xx)
Quoiqu’on en dise, l’Église a probablement fait l’erreur que les alcooliques et les toxicomanes ne peuvent se permettre. «Une approche émotionnelle superficielle suffit rarement à les aider. Le message destiné à ces gens atteints d’alcoolisme doit être profond et faire le poids. Dans presque tous les cas, leurs idéaux doivent être fondés sur une force plus grande qu’eux-mêmes s’ils veulent être en mesure de refaire leur vie. (P. xxvi)
Bill, l’un des fondateurs des Alcooliques Anonymes, a écrit le témoignage de sa vie en 1935 qui vaut encore pour 2016. Il incarne dans sa vie la mission de toute l’Église qui a connu des heures glorieuses que l’histoire ne saurait renier. Il a écrit : «C’était simple, mais pas facile; il fallait y mettre le prix. Cela signifiait l’anéantissement de mon égocentrisme. Je devais m’en remettre en toutes choses au Père de lumière qui règne sur nous tous.» (p.13).
S’inspirant qu’un père de l’Église, il écrira : «La foi sans les œuvres est une foi morte, disait-il. Et c’est particulièrement vrai pour un alcoolique! Car, si un alcoolique néglige d’enrichir et de perfectionner sa vie spirituelle par son action auprès des autres et le don de soi, il ne pourra pas survivre aux épreuves et aux dépressions qui le guettent. S’il ne se tenait pas ainsi occupé, l’alcoolique boirait sûrement de nouveau et, sûrement aussi, mourait-il. Alors, la foi serait morte en effet. C’est ainsi que nous voyons les choses.» (p.14).
La foi, pour les gens à qui je consacre mon avenir sans en faire un ministère spécifique reconnu, est une question de vie ou de mort. Ils ont beau savoir la nature de leur mal de vivre et comprendre la misère de leur existence, s’ils ne croient pas en leur sobriété, en leur recouvrement qui implique l’équilibre des valeurs, les efforts engagés n’ont aucune garantie. Bill écrira une phrase porteuse de sens et d’espérance : «La foi doit accomplir son œuvre vingt-quatre heures sur vingt-quatre en nous, par nous, ou nous périrons.» (p.15)
Je crois en la théologie qu’on m’a enseignée et qui m’a permis d’être ordonné dans l’Église qui m’a baptisé. Mais je ne peux pas renier la foi que nos ancêtres des premières heures, les apôtres à la suite de Jésus, nous ont léguée comme une espérance toujours renouvelée tant on a besoin de croire, au-delà de ce que l’on sait ou que l’on ait compris. Je suis de la lignée des premiers apôtres et ces gens rejetés, parce qu’alcooliques, toxicomanes ou affectés par d’autres dépendances, sont mes principaux témoins. Jésus est ressuscité. Une personne qui se relève par la grâce de sa foi est plus fort que celle qui n’est jamais tombée.