Quand tout ce qui devait être fait a été fait, il ne reste plus qu’à attendre. L’attente est ce seuil de porte qui ouvre sur la réalisation ou sur l’échec d’un projet espéré. C’est la foi du cultivateur qui espère que la graine mise en terre portera le fruit promis. Il se demande si la plante et le fruit à venir ressembleront à la photo sur l’emballage. L’attente n’est pas une évidence en soi. L’expression «ça passe ou ça casse» prend tout son sens. Il faut croire en sa persévérance pour que ça passe ou croire en ses craintes pour que ça casse. Là est le seuil qui différencie le succès de l’échec. En quoi ai-je mis mon espérance pour en être rendu où j’en suis?
Je ne me souviens pas du jour où j’ai fait l’option du mystère de la vie, cette portion invisible telle une sève essentielle à l’existence. Je peux être conscient de mes battements cardiaques mais je ne peux pas l'arrêter de battre selon ses pulsions. Et s’il s’arrêtait, je n’y pourrais encore rien. Il en est ainsi pour tous les organes vitaux qui assurent la santé de mon existence. Mais comment articuler le mystère de la vie au-delà de son existence?
J’aime les tulipes pour leur beauté et les oignons pour cette saveur unique qu’ils donnent à mes plats préférés. Mais si je me trompais de bulbes à l’origine dans mes choix premiers, serais-je obligé d'orner ma maison de bouquets d’oignons et me forcer à manger des salades aux tulipes? Insensés, me diriez-vous! Et pourtant, n’est-ce pas ce que nous faisons de la vie en société?
Ce qui est bon devrait nous faire avancer comme une énergie renouvelée dans l’action et ce qui est beau devrait nous faire arrêter pour contempler les cadeaux de la vie. Malheureusement, on se donne des embonpoints avec nos bontés exagérées et on traine nos beautés rajoutées comme pour impressionner on ne sait qui. L’esthétique l’emporte sur la beauté et l’éthique le remporte sur la morale. Un éthicien et un moraliste ne sont différents que dans ce que l’on en dit, mais essentiellement, ils font la même chose. Chacun discerne le bien du mal à sa manière. Le mal est-il vraiment mal et le bien aussi bien que ce que l’on en dit? Qu'il en faut de la patience pour attendre la solution de l'énigme!
L’attente aiguise la patience tant elle oblige à faire des distinctions essentielles pour prendre la bonne décision. Je suis à un carrefour où je dois faire un choix. Je sais pourquoi je suis devenu prêtre mais je ne sais pas pourquoi je choisis de le rester. Dans le mot «prêtre», il y a le mot «être». J’ai choisis de «prêter mon être» au monde comme don de Dieu pour devenir une offrande à Dieu comme don du monde. Comme don de Dieu au monde, mon sacerdoce m’amène à agir en la personne du Christ et comme don à Dieu, mon sacerdoce m’amène à agir en la personne de l’Église constituée d'un peuple en prière. Pour reprendre le discours de Donald Cozzens, ancien formateur de séminaristes américains, mon sacerdoce devrait révéler aux baptisés le potentiel de leur baptême alors qu’ils me révèlent la source de mon sacerdoce. Cela s’appelle une relation de dyade. C’est la structure relationnelle la plus constructive qui soit essentielle à cette Église de pauvres que nous sommes appelés à bâtir. L’avenir de l’Église ne repose pas uniquement sur ses ministres ordonnés d’une part et des laïcs engagés d’autre part.
Cet avenir repose sur une réciprocité mutuelle entre les ministres ordonnés et les laïcs engagés. Durant les premières années de mon ministère, j’aimais porter le collet romain comme signe distinctif de ma contribution à la vie de la communauté. Il me rappelait que je représentais une institution accueillante et bienveillante qui voulait s’exprimer dans ma manière de vivre. Malheureusement, des scandales de certains prêtres ont entaché mon collet romain. Par respect pour l’institution qu’il est censé représenter et aussi par respect pour les victimes des scandales pour lesquels il y a eu jugement judiciaire, je choisis de limiter mes signes religieux aux insignes liturgiques aux célébrations où je participe ou que je préside. Quant aux laïcs engagés, j’ai trop souvent vu des laïcs enragés ou désengagés pour les mêmes raisons. Mais, y va-t-il avoir une lumière au bout du tunnel?
Dans l’attente qui aiguise ma patience, je perçois une lumière appelée espérance. Au-delà de son héritage, de son histoire, de ses dogmes, de sa doctrine et de sa théologie fondamentale, il faut mettre l’emphase sur la spiritualité de l’Église. Là est le sens des Capsules Espérance dont l’expérience a commencé candidement à la télévision communautaire TVDL de La Baie en décembre 2012. Cette expérience se devait être éphémère en se limitant à une saison et à la seule population de La Baie, le Bas-Saguenay et quelques communautés au Lac Saint-Jean. Nous avons réalisé quatre saisons et les saisons cinq et six sont prêtes à être enregistrées. Nous avons démontré les effets spirituels sur les attitudes humains dans une première saison, l’histoire de l’église au Québec et l’option de vivre dans la Dignité avant de choisir de mourir dans la dignité dans la deuxième et la troisième saison. Dans la quatrième saison, nous avons démontré quelle fois nous avons à transmettre, l’importance d’une liturgie signifiante et le sens de la mission de l’Église.
La saison cinq et la saison six sont en attente de production et de diffusion. La première portera sur la spiritualité du respect et la seconde étalera la spiritualité de la liberté toujours selon le Catéchisme de l’Église Catholique publié par la Conférence des Évêques Catholiques du Canada (CECC). Comme ce livre de référence a été publié en 1993, il faut adapter l’approche de cette catéchèse populaire selon l’évolution de l’enseignement de l’Église par rapport à certains enjeux sociaux. Par exemple, la notion des limbes par le pape Benoit XVI et les positions du pape François sur le divorce et le remariage et les relations homosexuelles.
Il faut véritablement aiguiser sa patience et persévérer dans l’attente pour répondre aux expectatives de la population en quête de spiritualité. Ce qui devait se limiter à la population réservée à la télévision communautaire TVDL de La Baie est en train de s’étendre aux six stations de télévisions communautaires du câblodistributeur propriétaire. Cela ne tient pas en compte les pourparlers avec des stations communautaires des autres câblodistributeurs. Là où mon attente est à aiguiser ma patience c'est dans l’urgence d'un commanditaire capable de m’assister dans cette nouvelle mission en Église. Des demandes ont été logées et il faut attendre la réponse. La méditation, la prière et l’oraison sont les outils pour soutenir une telle attente.