Les murs qui jadis rassemblaient les paroisses sont aujourd’hui les murs qui divisent les communautés. Ils sont les passages obligés par lesquels on ne sait plus comment s’y préparer. La rencontre intime et personnelle avec Jésus est la seule issue pour notre avenir incertain. Lui seul pour engendrer en nos corps mortels les énergies d’une nouvelle Église. Pour ce faire, il faut libérer l’Église de la théologie pour en faire une résultante d’une spiritualité vivante et dynamisante.
Nous ne pouvons plus nous contenter de parler de la résurrection de Jésus. Il faut en vivre, devenir ses véritables témoins. Mais, on ne rencontre jamais Dieu sans être aussi à la recherche de soi. Les corridors qui conduisent à un tel état d’être sont multiples et souvent illusoires. Personne n’est certain de rien.
Depuis que je suis à réorienter ma vocation sacerdotale, le temps est propice à la réflexion et à la prière. J’ai la chance d’avoir à ma disposition une chapelle d’adoration perpétuelle, héritage léguée de l’époque où les sœurs faisaient l'entretien du presbytère qui m’abrite en attente d’une nouvelle mission. Cette rencontre intimiste avec le Ressuscité constitue en soi une expérience hors de l’ordinaire.
Il m’est arrivé de vivre des temps d’arrêt où les aiguilles de l’horloge semblaient prendre une pause de leur mission à marquer le temps. Il est difficile d’entrer chez soi quand on ne sait plus où est la porte d’entrée. Pourtant, c’est si facile à expliquer. Pourquoi est-ce si difficile à vivre? La spiritualité est une expérience de vie pour laquelle la théologie devient un encadrement. La théologie, c’est la foi qui cherche à se comprendre, m’avait-on dit. Comment agencer le cadre avec l’expérience? Comment harmoniser le contenu avec son contexte?
Malgré que le ton de la présente semble sombre, mon cœur ne peut que s’abreuver d’une espérance nouvelle qui ne soit pas encore expérimentée. Ceux qui m’ont transmis la foi ne savaient ni lire ni écrire. Et pourtant, ils ont laissé dans mon être profond une marque indélébile que le temps ne saurait effacer. Il y a une chose qui me parait être une évidence en soi, pour ajuster l’Église à sa mission, il faut tenir en compte l’expérience personnelle que j’appellerai hors norme par rapport à la constitution de nos églises. Il me semble être là la seule manière de faire Église autrement. Par exemple, je pense à ces gens qui ont vécu des expériences de mort éminente. Telle a été l’expérience de l’un de mes frères un mois après la mort de notre mère. Quand nous nous sommes rencontrés, plusieurs années plus tard, il insistait pour parler de son expérience spirituelle avant que j’étale mes connaissances théologiques. Est-ce à dire qu’on ait peur d’une connaissance qui nous éloignerait de notre expérience de foi?
À vouloir tout expliquer on finit par ne plus goûter. Il y a des expériences qui ne s’expliquent pas. Elles doivent être vécues afin d’être partagées dans une convivialité respectueuse des différences. On a beau expliquer le savoir-faire et le savoir-être, cela n’engendre pas les qualificatifs du faire et d’être. C’est dans notre relation à l’autre que se développent nos manières d’être et ce, à partir de nos manières de faire agencées à la relation qui est à se bâtir. L’obstacle majeur pour l’avènement de l’Église en devenir réside dans nos relations humaines. C’est à partir de ces dernières que se construit une Église à échelle humaine au-delà de tous les horizons. Mais comment nourrir une relation humaine quand on ne sait plus communiquer? Là sont les nouveaux murs qui font de notre existence des isoloirs où personne ne vient plus. Pourquoi se rendre visite quand on peut se dire par un texto ce que la parole n’a plus besoin d’exprimer? Dans un texto, on lit et on élimine la conversation avec un simple pressoir électronique, alors que dans une Parole dite, il y a l’émotion qui transmet au-delà des mots la source de tous nos maux.