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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Le pardon

Cher cousin Dan,

Le sacrement du pardon me donne de la misère. À cause de mon histoire passée, je trouve que c’est comme un tribunal. J’ai beaucoup de difficulté à faire confiance en un homme qui est faible comme moi. Qu’en pensez-vous? Cousine Michelle

 

Chère cousine Michelle,

Tu abordes une question épineuse. J’ai même l’impression que c’est là le cœur de la foi catholique. Je crains que je ne pourrai pas couvrir tous les aspects sous-entendus dans ta question dans cette chronique. Je vais donc proposer un jet de réflexion et, à partir de là, tu peux me revenir sur certains détails. J’invite tous les lecteurs à en faire autant.

 

Un sacrement incompris

J’ai envie de te faire une confidence digne d’une confession. Moi aussi, j’ai de la misère avec ce sacrement, en tant que confesseur! Que de fois j’entends : « J’ai reçu l’absolution et j’ai fait ma pénitence. » Ouf! J’ai hâte d’entendre : « J’ai reçu l’absolution et j’ai fait mon action de grâce. » Entre cousin et cousine, peux-tu m’aider à faire comprendre que j’aime les pécheurs pardonnés parce qu’ils me ressemblent et qu’il y a là un motif sérieux pour célébrer l’Eucharistie? Si je n’étais pas moi-même pécheur, comment comprendrais-je la souffrance des gens qui viennent à moi?

 

Un sacrement qui a de l’histoire

Il y a eu une époque, ma chère Michelle, où l’Église régissait en même temps la vie sociale et spirituelle avec rigidité. Victor Hugo en parle dans son roman historique Notre-Dame de Paris. Les gens se confessaient uniquement à l’évêque et la pénitence était exécutée en public. Le genre de péché alors confessé s’appelle aujourd’hui un crime. Les tribunaux et les prisons assument maintenant la responsabilité sociale de les punir. Peut-être est-ce pour cela que nos confessionnaux en sont venus à ressembler à des tribunaux? Je ne veux pas juger mes prédécesseurs, ni la manière de faire qui a marqué notre histoire chrétienne. Il faut toutefois avouer que l’évolution des sciences humaines que nous connaissons aujourd’hui nous aide à retrouver le vrai sens du sacrement du pardon.

 

Un geste humain essentiel

Il y a des pardons humains tellement beaux à voir que j’en perds mon latin, que je n’ai pas appris. Je pense à ce fils qui visitait sa mère atteinte de cancer. Je voulais les laisser seuls, mais c’est lui qui a insisté pour que je reste. Il lui a demandé pardon pour tous les mauvais tours qu’il a joués dans son enfance. La mère de répondre : « Pauvre enfant! Dès que j’ai su que c’était toi, je t’ai pardonné. Je ne voulais pas te le dire pour que tu penses à ton affaire et que tu ajustes ta manière de faire. » Le Dieu du sacrement du pardon, ma chère Michelle, est un Père avec un cœur de Mère. Et s’Il était autrement, je le remplacerais par ma mère qui m’a pardonné plus d’une fois sans que je le sache.

 

Une expérience qui libère à tous les niveaux

Depuis que je suis prêtre, je ne lis plus ce passage de saint Jean de la même manière : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, il leur seront remis; ceux à qui vous les maintiendrez, ils leur seront maintenus.» (Jean 20. 22-23). J’y vois maintenant une grande responsabilité du prêtre devant Dieu, qui l’a appelé à devenir signe de son amour et de son pardon. C’est par l’Esprit Saint, que le confesseur devient signe de Dieu pour que l’individu passe de l’état de pénitent à l’état de pardonné. Sans ce signe sensible, le pécheur demeure comme ce fils pardonné par sa mère sans le savoir. S’il n’y avait pas eu cette rencontre, il n’aurait jamais su qu’il était aimé au-delà de sa faute. Mais grâce à cette rencontre, sa vie est transformée. Il peut maintenant penser à sa mère sans regret ni remords. Qu’en est-il quand cela vient de Dieu? Cela dépend du signe que nous accordons au ministère du prêtre.

 

Savoir discerner l’essentiel

Il faut faire la différence entre culpabilité et responsabilité. Nous ne sommes pas coupables de tout ce qui va mal dans le monde, mais nous y avons tous une part, une responsabilité. Si nous ne faisons pas cette distinction, ma chère cousine, le sentiment de culpabilité qui s’ensuit prend des proportions surprenantes : il accroît le mal.

 

En regardant de plus près la première expérience humaine du péché, celle d’Adam et Ève, nous pouvons saisir que la culpabilité fait partie de la nature humaine. Nous avons tous ce réflexe de blâmer les autres pour ce qui va mal, comme Adam qui renvoya la faute sur Ève, et Ève sur le serpent. Il n’est jamais facile d’assumer les conséquences de ses gestes, surtout quand ces derniers n’expriment pas ce que nous sommes profondément. Il y a donc une humilité nécessaire pour accepter sa participation au mystère du mal. Cette humilité seule nous délivre d’une culpabilité qui ne fait qu’augmenter la puissance du mal en nous. Cette humilité seule nous permet de nous tourner vers Dieu pour lui demander sa force dans le sacrement du pardon.

 

Recevez l’Esprit Saint… pour devenir responsables

Je crois aux démarches communautaires du pardon et je pense qu’il ne faudrait pas les bannir. Le fait que l’on se reconnaisse pécheur parmi d’autres apporte une forme de solidarité. Mais est-ce suffisant pour cimenter les liens qui assurent une véritable fraternité? Il faut admettre, ma chère cousine, que, sous prétexte que nous avons des droits et des libertés, nous oublions que nous avons aussi des devoirs et des responsabilités face à la société civile et religieuse. La confession individuelle situe la personne dans sa part de responsabilité, sans pour autant lui faire prendre le blâme pour tout ce qui va mal. J’ai déjà donné des absolutions collectives pour des motifs pastoraux valables. Mais cela ne ressemble en rien à ce que je vis actuellement dans le secret d’un confessionnal. Je perçois mieux, à la fois notre responsabilité commune et le besoin de libération individuelle, des deux côtés du confessionnal.

 

Un souffle nouveau dans un geste ancien

Le pouvoir de pardonner au nom de Dieu a été conféré aux Apôtres avant l’institution de l’Eucharistie. Ce devrait être là un des premiers motifs de rendre grâce lors de nos célébrations eucharistiques. Nous sommes à l’ère de l’écologie et du recyclage, ma chère Michelle. Y a-t-il un meilleur exemple de recyclage que le sacrement du pardon? La personne humaine est-elle jetable ou recyclable après avoir commis le mal? S’il y a un sacrement que le Seigneur a institué pour exprimer l’infini de sa miséricorde, c’est bien celui-là. Tu cherches à trouver le chemin qui te fera connaître toute la force de l’amour de Dieu pour toi, je crois que cela commence par le pardon privé.

Qu’en penses-tu?

Cousin Dan

danilec1@yahoo.ca

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